Assurance automobile : la promesse d’économies en échange d’un mouchard

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Assurance automobile : la promesse d’économies en échange d’un mouchard
@ PIERRE ANDRIEU / AFP
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ASSURANCE - L’assureur Allianz a dévoilé mardi une nouvelle offre : un suivi personnalisé de la conduite, avec à la clef des économies pour les automobilistes les plus sages.

Le monde de l’assurance automobile entame un virage inédit : proposer à ses clients d’accepter un mouchard enregistrant leur comportement au volant avec, à la clef, la promesse d’économies substantielles pour les bons conducteurs. Après Direct Assurance, c’est au tour d’Allianz de proposer une telle offre en France. Et ce n’est probablement qu’un début pour ce type d’offre baptisée "Pay how you drive" et qui ne cesse de se développer à l’étranger.

La promesse de payer moins cher en échange d’une bonne conduite. L’assureur allemand a dévoilé mardi sa nouvelle offre d’assurance automobile baptisée "Allianz Conduite connectée". Lancée début octobre,  cette formule repose sur un principe simple : adapter le montant de la prime d’assurance au style de conduite de l’automobiliste. "La nouvelle version du dispositif permet de récompenser les conducteurs ayant une conduite responsable. Les clients peuvent désormais piloter leur prime d’assurance et bénéficient d’une réduction pouvant aller jusqu’à 30%", promet l’assureur allemand.

Le prix à payer : accepter d’être suivi en permanence. Mais comment une compagnie d’assurance peut-elle savoir si un automobiliste est raisonnable ou conduit dangereusement ? En profitant des avancées technologiques et notamment des objets connectés pour suivre en temps réel le comportement des automobilistes.

En effet, les clients tentés par cette nouvelle offre doivent accepter d’embarquer dans leur véhicule un mouchard facturé 1 euro par mois. Ce boîtier, développé par TomTomTélématics, est installé dans le moteur et enregistre toutes une série d’informations : fréquence d’utilisation du véhicule, dans quel contexte (jour/nuit, semaine/week-end), accélération et freinage, manière de prendre les virages, etc. Toutes ces informations sont transmises au smartphone du conducteur via Bluetooth puis envoyées à l’assureur par internet.

Allianz attribue alors à chaque conducteur une note qui évolue chaque mois : à chaque amélioration de ces notes, l’assuré peut bénéficier d’une baisse tarifaire. Ceux dont la conduite est jugée dangereuse ou inappropriée ne sont en revanche pas sanctionnés financièrement mais incités à faire mieux. Du moins pour l’instant : après les avoir identifiés, la tentation peut être grande pour les compagnies d’assurance de résilier leurs contrats et de ne plus les accepter chez eux, comme c'est déjà arrivé aux Etats-Unis.

Quel impact sur la vie privée ? Allianz souligne "un respect total de la vie privée" et met en avant le fait que son mouchard ne dispose pas de GPS et ne permet donc pas de localiser le véhicule, à la différence d’un traceur, dont sont souvent équipés les véhicules de luxe pour lutter contre les vols. Mais comme ce boîtier communique continuellement avec le smartphone du conducteur, il n’est techniquement pas impossible d’arriver à géolocaliser les conducteurs.

Afin de ne pas être perçue comme le prolongement des forces de l’ordre, la compagnie d’assurance assure également qu’elle ne mesure pas la vitesse du véhicule, qui est pourtant un bon indicateur du style de conduite de chacun. Mais les choses pourraient évoluer : aux Etats-Unis, la plupart des assureurs proposant cette formule enregistrent cet indicateur. En outre, le couplage du boîtier avec un smartphone permet d’aller très loin : au Royaume-Uni, un conducteur peut être pénalisé s’il a conduit trop longtemps sans prendre de pause ou, s’il a effectué un appel téléphonique en conduisant.

Une avancée en matière de sécurité routière et de connaissances. La collectivité peut également y trouver un avantage : la plupart des assureurs proposant cette formule ciblent les jeunes conducteurs. Une catégorie qui a beaucoup plus d’accidents et paie donc beaucoup plus cher son assurance. Avec un tel suivi de la conduite, les assureurs peuvent donc "éduquer" leurs jeunes clients par des incitations financières. Et permettre aux jeunes ayant une conduite sage de réaliser de substantielles économies en ne payant plus des primes très élevées pour les autres jeunes. Gain moyen constaté dans la plupart des pays : 30% d’économies.

L’autre intérêt réside dans ce que peuvent apporter toutes ces données pour les chercheurs. Les comportementalistes peuvent ainsi ausculter la conduite en fonction du contexte : plus nerveuse le lundi matin que le reste de la semaine, et bien plus dangereuse le samedi en fin d’après-midi et en début de soirée. Quant aux gestionnaires de réseaux, ils pourraient à terme identifier les portions de route à aménager en regardant quelles sont les zones où les conducteurs effectuent le plus de freinages brutaux ou de coups de volants inattendus.

Une formule appelée à prendre de l’ampleur. Ce type de produit personnalisé porte déjà un nom : le "Pay How You Drive" (PHYD), "payez en fonction de votre conduite", à ne pas confondre avec le "Pay As You Drive" (PAYD), qui consiste à payer en fonction de l’utilisation. Ce type d’offre est balbutiant en France : Allianz avait lancé une expérimentation en juin 2014 et seule Direct Assurance (filiale de l’assureur Axa) proposait déjà ce service depuis mai 2015.

Mais à l’étranger, le monde de l’assurance s’est converti au "Pay How You Drive" de manière bien plus massive : les assureurs américains ont commencé à s’y mettre au début des années 2000 aux Etats-Unis, avant que le mouvement ne s’étende au Royaume-Uni, à l’Australie, au Japon, à l'Italie ou encore à l'Espagne. La tendance est donc générale et dans les pays les plus développés, les compagnies d’assurance commencent à travailler avec les constructeurs automobiles pour, à terme, installer de tels boîtiers avant même la sortie d’usine. Il y a donc de bonnes chances pour que les autres compagnies françaises emboîtent le pas à Direct Assurance et Allianz.