Arrêt des raffineries : ces secteurs directement menacés

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Arrêt des raffineries : ces secteurs directement menacés
@ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Plastique, engrais, textile, médicaments, cosmétiques, etc. : de nombreux secteurs dépendent de la production des raffineries françaises, actuellement bloquées.

Il est devenu difficile de l’ignorer : le blocage ou la mise à l’arrêt des huit raffineries françaises cette semaine a mis en émoi les automobilistes, partis à l’assaut des stations-service par peur d’être à sec. Mais les automobilistes ne sont pas les seuls concernés par le blocage ou l’arrêt des raffineries françaises. Indirectement, de très nombreux pas de l’industrie française dépendent des raffineries et certains commencent à voir les voyants rouges s’allumer.

Non, une raffinerie ne produit pas que du carburant. La mission d’une raffinerie est de transformer le pétrole. Ce dernier y est distillé, passé au catalyseur avant d’être désulfurisé. Selon la méthode de raffinage, on obtient ainsi de l’essence, du gazole, du kérosène, du fioul, du gaz ou encore du GPL. Mais tout le pétrole ne finit pas en carburant : une partie va être mise de côté à mi-parcours, et notamment ce qu’on appelle le naphta. Entre 15 et 30% du pétrole ressort sous cette forme, qui est tout simplement la matière première de la pétrochimie. 

Ces produits qui intègrent un dérivé du pétrole. La pétrochimie va ensuite transformer ce naphta, ainsi que de nombreux autres résidus du raffinage, pour produire d’autres matières qui se retrouveront in fine dans notre vie quotidienne. Car les produits intégrant du pétrole sous une forme ou une autre sont aujourd’hui très, très nombreux.

Premier exemple, et pas des moindres : le plastique, qu’il est aujourd’hui très difficile de produire sans pétrole. La plupart des objets manufacturés de notre quotidien intègrent donc du pétrole raffiné, de la coque des téléphones au préservatif, en passant par les emballages alimentaires et les fibres textiles synthétiques. Le pétrole est aussi indispensable au secteur agricole (engrais et pesticides), aux fabricants de produits d’entretien (détergents et dissolvants), à la construction (matériaux isolants), ou encore à l’industrie pharmaceutique et aux fabricants de cosmétiques. Sans oublier l’intérieur des voitures, les pneus ou la plupart des colles et des adhésifs.

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L’arrêt des raffineries inquiète de nombreux secteurs. Le blocage ou l’arrêt de la plupart des raffineries françaises peut donc avoir des conséquences en cascade sur de très nombreux secteurs économiques. "En effet, le blocage des terminaux pétroliers et les productions des raffineries fortement ralenties commencent à avoir des effets sur la production de plastique. Quelques usines françaises sont à l'arrêt faute d'alimentation en matières premières", prévient Michel Loubry, délégué général de Plasticseurope, l'association européenne des producteurs de matières plastiques. "Les conséquences pour nos clients dépendront de la durée des blocages et de l'état des stocks", ajoute-t-il.

Dans le secteur des emballages plastiques, la sonnette d’alarme a également été tirée. "Deux entreprises, Total et Ineos,  ont adressé un courrier à nos entreprises annonçant qu’ils se déclaraient en force majeure. Nous n’avons pas dans nos entreprises de problèmes de stocks annoncés à ce jour mais il est clair qu’il va falloir que la situation se débloque rapidement sinon les difficultés réelles d’approvisionnements arriveront très vite", souligne Elipso, la fédération des fabricants d'emballages en plastique.

Le blocage des raffineries est donc surveillé comme le lait sur le feu, même si les conséquences concernent pour l’instant surtout les transports. Ainsi, si l’industrie pharmaceutique n’a pas encore de problème d’approvisionnement en produits raffinés, ses livraisons aux hôpitaux et aux pharmacies sont perturbées. Tout comme celles des producteurs d’engrais, dont la production s’accumule sans pouvoir être livrée. "Aujourd’hui, notre plus gros soucis, c’est qu’on ne puisse pas charger les camions ou acheminer des trains, quel que soit l’opérateur. Nos livraisons sont quasiment à l’arrêt, avec le risque de perdre du chiffre d’affaires, des clients", alerte Thierry Loyer, président de l’Union des industries de la fertilisation (Unifa). Et ce dernier, à la tête d’une entreprise d’environ 700 salariés de conclure : "pour les sites dans l’ouest de la France, les blocages provoquent de la gêne mais pour ceux situés non loin des frontières, la menace est plus sérieuse : être remplacé par un concurrent d’un pays voisin".


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