Areva : le mari de Lauvergeon piégé?

  • A
  • A
Areva : le mari de Lauvergeon piégé?
Le nom d'Olivier Fric apparaît dans une enquête secrète commandée par un directeur du géant du nucléaire.@ MaxPPP
Partagez sur :

Son nom apparaît dans une enquête secrète commandée par un directeur du géant du nucléaire.

Areva et ses activités visées dans un rapport. Quinze pages, signées Mario Brero, patron du cabinet suisse Alp Services, mettent en cause le géant du nucléaire. Les enquêtes du "maître espion", sont baptisées Pom1 à Pom 4, révèle le Journal du Dimanche (JDD) dimanche. Elles auraient été effectués pour le compte d’Areva, à la demande de Sébastien de Montessus , actuel patron de la division mine du groupe, révèle le JDD qui s'est procuré le mémorandum de Marion Brero. Samedi, l’avocat de Sébastien de Montessus avait pourtant affirmé dans Libération que son client "n’avait jamais demandé la moindre investigation sur Olivier Fric".

Une enquête commandée par Areva

Il s'agit de véritables aveux sur les opérations d’espionnage concernant notamment Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon. Tout au long de son rapport, Mario Brero livre un témoignage précis et chronologique de ses rencontres avec Sébastien de Montessus. Il soutient qu’une enquête sur Olivier Fric lui a bien été commandée. Avertie anonymement fin décembre, l’ancienne PDG d’Areva avait porté plainte auprès du Parquet de Paris. A l'époque aucune source ne permettait de déterminer d'où venait cet espionnage et surtout qui se cachait derrière.

Selon l’avocat des époux Lauvergeon, maître Jean Pierre Versini Campinchi, "ces enquêtes illégales ont bien été commandées et payées, dans la plus totale opacité, par un des proches collaborateurs de ma cliente."

Un rapport chronologique

Mario Brero et Sébastien de Montessus se rencontrent la première fois à Genève en février 2011, puis au siège d’Areva le mois suivant, détaille le rapport. Lors cette réunion, "le maître espion" et le responsable du secteur minier du groupe évoquent "cinq dossiers", et notamment "UraMin". Mario Brero indique dans son rapport que "cet achat ayant été une véritable catastrophe pour le groupe , Sébastien de Montessus souhaite faire la lumière sur cette affaire".

En effet, en 2007, les cours des matières premières sont au plus haut et la demande d’uranium explose. L’entreprise décide donc d’acheter de nouvelles mines et s’intéresse à la société UraMin, qu’elle acquiert pour 2,5 milliards de dollars, soit 1,95 milliard d’euros. Mais cet investissement se révèle catastrophique : non seulement les gisements d’uranium se sont révélés bien inférieurs aux estimations, mais la société a également été surcotée dans un contexte où le cours de l’uranium était au plus haut. Résultat, UraMin ne vaut en 2011 plus que 20% de sa valeur d'acquisition

"Deux personnes pourraient être impliquées dans le processus", précise encore dans son rapport l’espion suisse : "Daniel Wouters, un homme d’affaire belge embauché par la filière mine d’Areva  et Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon".

Juillet 2011 : "le début de la crise"

24 mars 2011 : Mario Brero et l’équipe d’Areva se retrouvent cette fois-ci dans un hôtel parisien. Il est convenu de mettre en place "une boîte aux lettres morte afin de communiquer de manière efficace et discrète", admet le Suisse. Une boite sans aucun trafic dont les codes ne sont connus que des hommes de l’opération.

19 juillet : nouvelle rencontre. A l’ordre du jour "Pom4" : le rapport sur Olivier Fric et UraMin. C’est le début de la crise entre les deux hommes car ils ne s'entendent pas sur les méthodes d’enquête. L'espion demande alors de nouvelles provisions : 100.000 euros puis 325.000 euros. Entre temps, le 26 septembre, le dossier sur Olivier Fric est remis à Sébastien de Montessus. Deux mois plus tard, Le Canard Enchainé révèle l’existence de cette enquête.

Évincée de la tête du groupe en juin 2011, Anne Lauvergeon a réagi dimanche dans les colonnes du JDD : "Je n’aurais jamais pu imaginer qu’une opération de déstabilisation et d’espionnage puisse être organisée pour essayer de piéger mon mari". Et de conclure : " J'entends dire que mon mari aurait travaillé directement ou indirectement pour Areva et ses filiales. C'est totalement faux. Que de boue pour tenter de justifier mon départ."