Après Kerviel, la nouvelle règle du jeu

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Après Kerviel, la nouvelle règle du jeu
@ REUTERS
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Le scandale de la Société générale a-t-il modifié le fonctionnement du monde de la finance ?

"Les amères leçons du passé doivent être réapprises sans cesse". Si Albert Einstein a raison, le monde de la finance devrait s’offrir une petite piqûre de rappel. Car deux ans après le scandale de la Société Générale, il semble frappé d’amnésie. Alors que le procès de Jérôme Kerviel s’ouvre mardi à Paris, il fait toujours bon travailler en salle des marchés. Mais qu’a-t-on réellement appris du scandale de la société Générale ?

Le trader, persona non-grata

Après avoir crié au loup, le monde de la finance a-t-il appris des abus du passé ? Pas vraiment. Pointés du doigt dès janvier 2008, date à laquelle a éclaté le scandale Kerviel, les bonus astronomiques sont loin d’avoir disparu. Les traders ont encore de beaux jours (dorés) devant eux. Pour preuve, la BNP Paribas a distribué, en mars dernier, un milliard d’euros à ses meilleurs éléments.

En revanche, l’affaire Kerviel a sérieusement entamé l’image des traders dans l’opinion publique. "Ce scandale a été l’illustration type des excès des banques d’investissements, souligne Nicolas Bouzou, économiste et fondateur de la société d'études économiques Asterès, et je le vois dans l’université où j’enseigne, les filières finances ont du mal à recruter contrairement celles de marketing", observe-t-il.

Une finance, enfin éthique ?

Mais le monde de la finance fonctionne-t-il toujours en roues libres ? Plus vraiment, car l’idée de la nécessité de réguler à fait son bonhomme de chemin depuis le début de la crise. "On voit que, malgré leur difficulté à se mettre d’accord, les pays du G20 ont tout de même une volonté de rééquilibrer la place de la banque d’investissements par rapport à la banque de détail (c’est-à-dire la banque de tous les jours)", explique l’économiste.

Malheureusement le processus de décisions est long et complexe. Le week-end dernier encore, les pays du G20 ont échoué à se mettre d’accord sur la mise en place d’une taxe internationale sur les banques. Il faudra du temps pour que les mesures se mettent en place, comme celles prévues par les accords de Bâle III, qui ne seront applicables qu’à partir de 2012.

Des banques plus humaines

Finalement, la vraie leçon tirée de l’affaire Kerviel vient de l’opinion publique devenue plus méfiante vis-à-vis de sa banque. "Cette affaire a clairement eu un impact sur leur image", poursuit Nicolas Bouzou, comme celle de Société Générale qui en a pris un coup "au profit d’autres établissements tels que la Banque postale ou le Crédit mutuel".

Reste à savoir si les banques ont également réfléchi à leur fonctionnement. "L’affaire Kerviel a surtout montré une chose, analyse Nicolas Bouzou, la nécessité de mettre en place un vrai contrôle interne vis-à-vis de certains salariés qui n’hésitent pas à prendre des risques".