Année noire pour les travaux publics

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Année noire pour les travaux publics
@ JEFF PACHOUD / AFP
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En manque d’argent, les collectivités locales ont réduit leur budget, si bien que le chiffre d'affaires du secteur des travaux publics est en baisse de 8%.

2015 c'est la pire année depuis 30 ans pour le secteur des travaux publics, dont tous les voyants sont dans le rouge. La faute à un carnet de commande qui s’est sensiblement allégé, les collectivités territoriales étant rattrapées par l’austérité. Le secteur tire donc la sonnette d’alarme et s’inquiète de l’état des routes, de moins en moins entretenues.

15.000 emplois supprimés en 2015. Les travaux publics, c’est la construction et l’entretien des routes, mais aussi des réseaux d’eaux, d’assainissements, des lignes électriques ou encore téléphoniques. Mais depuis peu, les carnets des commandes se vident dangereusement. La Fédération nationale des travaux publics (FNTP) a fait ses comptes : le chiffre d’affaires a reculé de 8% cette année et 15.000 emplois ont été supprimés. C’est-à-dire autant qu’au cours des six dernières années, affirme la FNTP. Les 7.800 entreprises du secteur s’inquiètent et tiennent une conférence de presse jeudi pour alerter les pouvoirs publics.

Un réseau routier de moins en moins entretenu. La meilleure façon de se faire entendre, c’est de parler de ce que les Français peuvent voir : la multiplication des nids de poules et des fissures sur les routes nationales et départementales, quand il ne s’agit pas de fissures.

C’est le constat que dresse quotidiennement Pascal Tebibel, dirigeant chez Colas, une société spécialisée dans la construction de routes. "La France a perdu sa pôle position en termes de classement des infrastructures au niveau mondial. Voyez des exemples concrets et précis : la route nationale 2 à la sortie de Paris. Nous faisons régulièrement des sondages avec des camions qui circulent sur les routes et la route était tellement en mauvais état que notre camion est lui-même tombé en panne", assure-t-il.

Le secteur rattrapé par la rigueur. Si les routes sont de moins en moins entretenues, c’est parce que cela coûte cher, très cher : il faut compter 100.000 euros minimum pour rénover 1 kilomètre de route. Or les collectivités locales ont des budgets de plus en plus restreints, ces dernières ayant largement embauché au cours des dix dernières années alors qu’elles étaient censées être plus efficaces grâce aux intercommunalités. Résultat, une masse salariale de plus en plus lourde et moins d’argent à consacrer aux autres missions. Autant dire que la baisse des dotations de l’Etat n’arrange rien.

"Ce sont les départements qui investissent moins, c’est l’Etat qui investit moins. En 5 ans, l’Etat a baissé de 50% le budget consacré à l’entretien des routes nationales. On voit bien que les travaux publics vont être la variable d’ajustements des collectivités locales et que l’investissement va diminuer de façon drastique", s’alarme Bruno Cavagné, président de la Fédération nationale des travaux publics

Seul secteur préservé par cette vague d’austérité, les autoroutes. Des vastes chantiers vont débuter au début de l’année prochaine, les sociétés gestionnaires ayant promis plus de trois milliards d’euros d’investissements en échange d’un rallongement de leur concession. Des chantiers qui ne coûteront rien à l’Etat mais seront financés par les automobilistes.