Anne Lauvergeon, les raisons d’un départ

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Anne Lauvergeon, les raisons d’un départ
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DECRYPTAGE - Son remplacement à la tête d’Areva est un choix avant tout politique.

Anne Lauvergeon ne sera pas renouvelée à la tête du groupe mais remplacée par le numéro 2 d’Areva, Luc Oursel. Une décision annoncée par Matignon qui tient, principalement à trois raisons, une incompatibilité avec Henri Proglio, la perte d’un contrat de milliards de dollars et l’enlèvement d’Arlit .

Pas "Proglio compatible". Anne Lauvergeon ne s'entendait pas avec Henri Proglio, le patron d'EDF, un homme nommé par Nicolas Sarkozy, dont il est proche. "Compte tenu des choix d'avenir, explique-t-on à l'Elysée, il n'était ni possible ni souhaitable de maintenir une bicéphalité à la tête de l'énergie française". Anne Lauvergeon et Henri Proglio s’étaient notamment opposés au sujet du traitement de déchets nucléaires. Mais la pression entre les deux dirigeants s’était particulièrement accentuée avec l'échec de la vente de centrales nucléaires à Abou Dhabi. Le nouveau patron d'EDF avait fait part de sa volonté de réorganiser la filière nucléaire française, s'attirant une réplique d'Anne Lauvergeon publiée par Le Figaro. "Ce n'est pas en agitant des rumeurs de Meccano industriel en France tous les quatre matins que l'on accroît nos chances à l'international", avait-elle déclaré.

Un gros contrat perdu. Autre raison du départ d’Anne Lauvergeon, la perte d’un contrat de 20 milliards de dollars (14 milliards d'euros), en décembre 2009, avec les Emirats Arabes unis, qui a fortement déplu à l'Elysée. Le consortium mené par EDF et GDF Suez s'est fait souffler le méga-contrat pour la construction de quatre centrales nucléaires. L'Agence émiratie de l'énergie nucléaire a préféré l'offre d'un consortium dirigé par la compagnie sud-coréenne publique Kepco. A la bourse de Paris, le titre Areva avait fini, au lendemain de la perte du contrat, en net recul. "C'est une grosse déception" et "la réaction du marché est totalement justifiée", avait expliqué un analyste parisien. "Il s'agissait d'un contrat quasi-sûr pour Areva et apparemment c'est le prix qui a fait la différence et qui explique le succès du consortium sud-coréen", avait-il ajouté.

L’enlèvement d’Arlit. Anne Lauvergeon, en tant que patronne du groupe, se voit aussi reprocher l'enlèvement de sept de ses employés - dont cinq Français - sur le site d'Alrit au Niger en septembre dernier. "Elle n'a pas su assurer la sécurité de ses personnels dans un environnement à risque" tranche l'entourage du chef de l'Etat. Cinq jours après l’enlèvement, une défaillance dans le dispositif de sécurité avait été pointée du doigt. Le patron d'une société française de conseil en sécurité qui sert d'intermédiaire entre Areva et les autorités nigériennes affirmait avoir prévenu les autorités plusieurs mois auparavant des risques encourus. Des enlèvements, perpétrés par des rebelles, avaient déjà eu lieu à Arlit.