Age, sexe, revenus : à quoi ressemble un agriculteur français aujourd’hui ?

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Age, sexe, revenus : à quoi ressemble un agriculteur français aujourd’hui ?
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ZOOM - Le Salon de l’agriculture est l’occasion de se pencher sur l’un des métiers les plus symboliques en France.

Avec le Salon de l’agriculture, la France retrouve une figure incontournable de l’imaginaire collectif : l’agriculteur. L’adage veut même que chaque Français en compte au moins un parmi ses ancêtres, mais ce lien s’est depuis distendu : la population a largement migré vers les villes tandis que l’agriculture prenait le chemin de l’industrialisation. A quoi ressemble donc aujourd’hui un agriculteur ? Portrait-robot d’une profession qui recouvre des réalités très contrastées.

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2,95% de la population active. En 2013, 854.100 personnes travaillaient de manière régulière dans les exploitations agricoles métropolitaines, d’après les chiffres de l’Agreste, le département statistiques du ministère de l’Agriculture. Ce chiffre est bien évidemment en baisse, grâce aux progrès des machines agricoles et à cause d’une crise des vocations. Ainsi, le nombre d’agriculteurs a reculé de 5,7% entre 2010 et 2103, même si cette baisse est bien moins élevée qu’au cours des décennies 1990 et 2000. Ainsi, alors que le métier représentait 31% de la population active en 1955, cette proportion est passée à 8% en 1980 et 2,95% en 2013.

Un agriculteur sur trois est une femme. Si les femmes ont toujours joué un rôle central dans l’agriculture, leur statut d’épouse les a souvent fait disparaître des radars. Une période désormais révolue : aujourd’hui, 30% des agriculteurs sont des femmes, une proportion qui n’a cessé d’augmenter pendant les années 200 et s’est depuis stabilisée. C’est dans la viticulture et l’élevage de caprins et d’ovins que les femmes sont les plus représentées, surtout en tant que chef d’exploitation.

51 ans en moyenne. L’agriculteur-type est plus âgé que la moyenne : alors qu’un actif a en moyenne 40 ans, l’âge moyen des chefs d’exploitation, coexploitants et associés était de 51 ans en 2013. Il faut dire que l’entrée dans la profession est plus tardive qu’auparavant, aux alentours de 28 ans. L’écart avec le reste de la population active est encore plus grand si on s’intéresse aux femmes qui gèrent une exploitation : elles ont 54 ans en moyenne.

Les agriculteurs sont plus âgés tout le long du pourtour méditerranéen, en Ile-de-France et dans le Sud-Ouest. A l’inverse, l’agriculteur breton est plus jeune que la moyenne. En règle générale, plus une exploitation est petite, plus l’âge moyen de son exploitant est élevé.

Un revenu moyen de 2.095 euros mensuels, mais… Vie privée et vie professionnelle qui se confondent, comptabilité parfois réduite au minimum, auto-alimentation : la question des revenus agricoles est plus que complexe. L’Insee estime néanmoins qu’un exploitant gagne en moyenne 25.151 euros nets par an, soit 2.095 euros par mois. Mais ces chiffres doivent être pris avec des pincettes : ils ne prennent pas en compte les petites structures, qui représentent tout de même 40% des exploitations. De plus, il s’agit souvent de revenus gagnés à plusieurs, avec l’époux/épouse et les enfants. Le revenu individuel moyen est donc, dans la réalité, sensiblement moins élevé.

De plus, les revenus sont très variables selon les secteurs. Un viticulteur gagne deux fois plus que la moyenne, environ 49.700 euros par an, tandis que les éleveurs sont les moins bien lotis : un éleveur de bovins ou d’ovins gagne en moyenne 18.300 euros par an, tandis qu’un éleveur de porc a vu ses revenus divisés par deux en quelques années pour s’établir à moins de 12.000 euros par an.  

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Que produisent-ils ? Les produits disponibles au rayon fruits et légumes de la grande distribution ne représentent qu’une petite partie de la production française : les maraîchers, arboriculteurs et horticulteurs ne représentent que 7% des exploitations en France en 2013. La majorité des agriculteurs font de l’élevage (40% des exploitations) et de grandes cultures telles que les céréales, les pommes de terre ou les betteraves (27%). Viennent ensuite les viticulteurs, qui représentent 14% des exploitations, et la polyculture (environ 12%).

Propriétaire ou employé ? La majorité des agriculteurs sont souvent propriétaires de leurs terres : c’est le cas de 63% des exploitants. Mais le salariat ne cesse de progresser et concernait 20% des effectifs en 2013. D’abord pour des raisons structurelles : les exploitations sont de plus en plus grandes et ne peuvent plus être gérées par une seule famille; mais aussi pour des raisons pratiques : les agriculteurs ont de plus en plus tendance à monter une société et à en devenir salarié pour bénéficier d’une meilleure protection sociale. Viennent ensuite les saisonniers (12% des effectifs) et les travailleurs au service d’un groupement d’employeur (5%).

Une exploitation de 62 hectares. La course aux volumes et le remembrement des terres a fait exploser la taille moyenne des exploitations : elle a plus que doublé en 25 ans pour atteindre 62 hectares, soit l’équivalent de 44 terrains de football. C’est dans la moitié nord de la France qu’on retrouve le plus de grandes exploitations, et plus particulièrement dans le triangle Picardie - Bourgogne - Centre. Une différence de taille qui s’explique par la nature de la production : les grandes cultures et l’élevage plus présent dans le Nord nécessitent le plus de foncier, tandis que les fruits, le maraîchage et l’horticulture se contentent d’espaces plus limités. Mais au final, l’agriculture pèse lourd sur la carte de France : selon l’Agreste, les surfaces agricoles occupaient 54% du territoire métropolitain en 2014.

De moins en moins de fils d’agriculteur. Pendant longtemps, un enfant d’agriculteur ne se posait pas de question : il était destiné à reprendre l’exploitation. Mais cette transmission est de moins en moins automatique : alors que 90% des agriculteurs étaient enfants d’agriculteurs en 1970, cette proportion est passée à 75% en 2004.

Et une formation de plus en plus poussée. En 2013, 18% des exploitants avaient une formation agricole de niveau baccalauréat, et 12 % un niveau d’études supérieures. Si on ajoute la dotation Jeunes agriculteurs, plus d’un exploitant sur deux disposait d’une formation agricole au moins égale au niveau bac. Résultat, les agriculteurs français sont parmi les mieux formés en Europe. D’ailleurs, l’image de l’agriculteur moins bien formé que le Français moyen appartient au passé : les exploitants de moins de 40 ans ont aujourd’hui un niveau d’études qui dépasse cela de la population active de la même classe d’âge.

Trois fois plus de suicides. Producteurs de lait, éleveurs porcins, etc. : le secteur traverse actuellement une crise sérieuse et le nombre de suicides l’atteste. La profession est en effet bien plus touchée que la moyenne : un agriculteur se suicide tous les deux jours, selon l’institut de veille sanitaire. Ce que confirme le taux de suicide dans le métier : il est trois fois plus élevé pour un exploitant que pour un cadre. C’est à 44 ans que le risque de suicide est le plus élevé dans la carrière d’un agriculteur.