Affaire Bygmalion : le feuilleton financier continue

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Affaire Bygmalion : le feuilleton financier continue
Les nouvelles dépenses scrutées par les enquêteurs concernent en partie celles de l'organisation du meeting de Villepinte en mars 2012.@ JOEL SAGET / AFP
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L’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy aurait dissimulé plus de 13 millions d’euros en 2012… En plus des 18,5 millions sur lesquels enquêtent déjà la justice.

Les dépenses de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle, en France, ne doivent pas dépasser 22,5 millions d’euros. Le but ? Ne pas laisser l’argent décider qui sera le futur chef de l’Etat. C’est pourquoi chaque prétendant à la fonction suprême de la République doit scrupuleusement tenir ses comptes de campagne, et les transmettre à la justice électorale. Or, selon les derniers éléments de l’enquête sur l’affaire Bygmalion révélés jeudi, l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 pourrait avoir dissimulé plus de 30 millions d’euros de dépassement du budget autorisé.

L’affaire Bygmalion acte 1 : 18,5 millions cachés ? Depuis mars 2014, la justice s’intéresse à plusieurs anomalies dans les comptes de la campagne présidentielle de 2012 de Nicolas Sarkozy. Les enquêteurs soupçonnent l’UMP d’avoir payé de sa poche environ 18,5 millions d'euros de dépenses de meetings du candidat Sarkozy. Le but ? Que ses factures n’apparaissent pas dans les comptes de l’équipe de campagne. Le moyen ? De fausses factures émises par la filiale événementielle de la société de communication Bygmalion, Event&Cie. En clair, les enquêteurs soupçonnent Bygmalion d’avoir facturé des prestations à l’UMP à des prix exorbitants… afin de se faire payer les prestations réalisées pour le compte de la campagne de Nicolas Sarkozy.

Le 27 juin 2014, le parquet de Paris requiert l’ouverture d’une enquête pour "faux et usage de faux ", "abus de confiance", "tentative d'escroquerie" et "complicité et recel de ces délits". Et depuis, tous s’enchaîne. L’existence de la fraude a été reconnue par des cadres de Bygmalion ainsi que par Jérôme Lavrilleux, à l'époque directeur adjoint de la campagne. Les juges ont depuis mis en examen treize responsables de Bygmalion, de l'UMP ou de l'équipe de campagne. C’est également cette affaire qui pousse Jean-François Copé à démissionner, le 15 juin de la même année.


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© FREDERICK FLORIN / AFP



L’affaire Bygmalion acte 2 : 13 millions cachés en plus ? L’enquête a rebondi jeudi, le parquet ayant étendu les recherches sur d’autres dépenses. Les enquêteurs soupçonnent l'équipe de campagne de l'ancien chef de l'Etat d'avoir également dissimuler plus de 13 millions d'euros en plus des 18,5 millions. Les juges d’instructions s'interrogent en effet sur une dizaine de millions d'euros de dépenses inscrits au budget de l'UMP en 2012 et qui ne figurent pas dans le compte de campagne ainsi que sur des factures manquantes, pour 1,5 à 1,8 millions d'euros, d'une autre société que Bygmalion, Agence Publics, pour ses prestations lors du meeting de Villepinte, le 11 mars 2012.

Ces sujets ont été abordés lors d'une confrontation chez les juges entre cinq mis en examen le 9 octobre. Il en est notamment ressorti que sur le sur le budget 2012 de l'UMP, se trouverait une ligne intitulée "présidentielle", et en face, la somme de 13,5 millions d'euro. A quoi servaient ces fonds ? "Je ne sais pas précisément. Sans doute à financer des affiches, à payer les transports des militants", a répondu Jérôme Lavrilleux dans un entretien à L'Obs mi-octobre. Pourtant, la commission des comptes de campagne est claire : financer le transport de militants à un meeting, c'est bel et bien une dépense de campagne. Si ces dépenses se confirmaient, le total des dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy s'élèverait à 50 millions d'euros… soit deux fois et demi le plafond autorisé.