A Détroit, la tutelle ou la faillite

  • A
  • A
A Détroit, la tutelle ou la faillite
@ Reuters
Partagez sur :

Un "coordinateur d'urgence" est chargé d'éviter la plus grande faillite d'une ville américaine.

C'est un symbole : les finances de Detroit, berceau de l'industrie automobile américaine et autrefois quatrième ville des Etats-Unis, sont dans un état si catastrophique que la municipalité est mise sous la tutelle d'un "coordinateur d'urgence" pendant au moins un an. Le gouverneur de l'Etat du Michigan a annoncé jeudi la nomination de l'avocat Kevyn Orr à ce poste. Fait d'armes de cet homme de 54 ans : sa participation à la restructuration du géant automobile en faillite Chrysler.

15.03 Detroit maison USA 930x620

© Reuters

Sauveur de Detroit ? Démocrate et noir, deux conditions essentielles pour que la mise sous tutelle passe un peu mieux auprès de la population, Kevyn Orr aura 12 à 18 mois pour redonner un avenir à la ville sinistrée. Vidée de 60% de ses habitants, surtout la classe moyenne blanche, frappée de plein fouet par la crise de l'automobile, meurtrie par les tensions raciales, Detroit croule sous une dette de quelque 14 milliards de dollars. Aujourd'hui, la ville n'a même pas les moyens de changer ses lampadaires et les habitants se plaignent que la police ne réponde plus aux appels.

Traitement de cheval. "Ce sont les Jeux Olympiques de la reconstruction", reconnaît l'avocat qui pourra modifier la politique économique de la ville, vendre ses actifs, changer les conditions de travail des fonctionnaires et passer des lois sans les soumettre à la municipalité. Kevyn Orr veut néanmoins y croire : "nous pouvons renaître de nos cendres". "Mettons-nous au travail ensemble parce que nous, les personnes de bonne foi, pouvons trouver une solution", a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. Ne me faites pas aller au tribunal de commerce."

15.03 Detroit usine USA 930x620

© Reuters

Expert en faillite. Car c'est bien là le risque : si la mise sous tutelle échoue, Detroit pourrait alors déposer le bilan, devenant ainsi la plus grande ville américaine à avoir jamais fait faillite. "Les faillites de municipalités sont rares, mais cela n'a échappé à personne que l'Etat [du Michigan, ndlr] a choisi pour Detroit un expert en droit de la faillite plutôt qu'un consultant financier, un ancien responsable d'une ville ou un élu", note le New York Times.

Avec un peu de chance, Detroit pourrait suivre l'exemple des dernières grandes villes américaines placées sous tutelle de leur Etat : New York en 1975, Cleveland en 1978 et Philadephie en 1991. Aucune n'a finalement déposé le bilan.