Fête du travail : un défilé "unitaire"… et les deux autres

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Fête du travail : un défilé "unitaire"… et les deux autres
@ NICOLAS TUCAT / AFP
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DISPERSION - FO et la CFDT feront bande à part lors du traditionnel défilé de la fête du travail, vendredi 1er mai, à Paris et en France. 

"J'ai un peu d'amertume car je pense que le syndicalisme français n'est pas à la hauteur. J'aurais préféré qu'on soit capable de s'organiser collectivement, au moins une fois dans l'année". Ce cri du cœur est signé Luc Bérille, le patron de l'Unsa, qui a dénoncé jeudi auprès de l'AFP "l'incapacité du syndicalisme français à sortir de l'enfermement idéologique". "C'est grave", conclut-il. Ce qui le met autant en rogne ? La division des organisations syndicales, qui partiront en ordre dispersé vendredi, lors du traditionnel défilé du 1er mai organisé le jour de la fête du travail.

Un mouvement "unitaire" ... Quatre syndicats (CGT, FSU, Solidaires, Unsa) ont appelé à un "1er mai unitaire à dimension européenne". Dans leur viseur : les "politiques d'austérité". A Paris, un cortège défilera ainsi entre les places de la République et de la Nation, à partir de 15h. Mais ce défilé n'aura d'"unitaire" que le nom. 
Mailly Lepaon FO CGT

… Sans Force ouvrière… Contrairement à l'année dernière, FO fera cette fois bande à part. FO reproche le manque de revendications des autres syndicats. Divers rassemblements seront ainsi organisés dans les principales villes de France. A Paris, des militants se retrouveront à 10h30 devant le Mur des Fédérés, au Père Lachaise. Le but : réclamer "le retrait du pacte de responsabilité et de la loi Macron". "Quand on est d'accord, qu'on soit unis dans l'action, c'est très bien. Quand on est en désaccord, ce n'est pas la peine de faire semblant", explique Jean-Claude Mailly.

… Et sans la CFDT. Pour ce 1er mai, la CFDT entend également la jouer solo et "casser les codes". La centrale appelle 5.000 jeunes de moins de 36 ans à participer à un rassemblement festif à Paris, le "Working time festival", qui se déroulera à l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), dans le bois de Vincennes. Objectif : "déringardiser" l'image du syndicat.

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Les grands syndicats n'arrivent-ils plus à...par Europe1fr

À quand remonte la dernière unité ? En 2012, entre les deux tours de la présidentielle, la CFDT avait défilé aux côtés d'autres organisations, dont la CGT. En 2013, elle avait organisé un rassemblement à Reims avec d'autres syndicats réformistes et, l'an dernier, elle n'était parvenue avec l'Unsa, son traditionnel allié, qu'à rassembler quelque 200 militants à Paris pour une rencontre sur le thème de l'Europe. Le 1er mai de l'an dernier, FO s'était jointe à la CGT, la FSU et Solidaires et avait réussi. Le cortège avait rassemblé entre 100.000 et 200.000 manifestants dans toute la France. FO et la CGT s'étaient également réunies le 9 avril dernier, lors d'un défilé anti-austérité qui avait réuni entre 32.000 (selon la police) et 120.000 participants (organisateurs) à Paris.

Syndicats union syndicale cgt cfdt fo Mailly Martinez Thibault

© KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Une querelle d'hommes… Au-delà des raisons avancées par FO (le manque de revendications des autres) et par la CFDT (une volonté de déringardiser le syndicalisme), c'est parfois une querelle d'hommes qui empêche les syndicats français de marcher ensemble. Laurent Mailly, patron de FO, est ainsi en conflit ouvert avec son homologue de la CFDT, Laurent Berger. Le torchon brûle entre les deux leaders syndicaux, depuis que Jean-Claude Mailly a accusé, fin mars, son homologue de se faire "complice" de la montée du Front national, en estimant qu'il n'y avait "pas d'austérité en France", mais plutôt "de la rigueur". "Je trouve qu'il a franchi la ligne", réagissait lundi Laurent Berger.

Quant à la CGT, l'arrivée récente de Philippe Martinez à la tête de la centrale, en février dernier, reste trop récente pour faire oublier les déboires de son prédécesseur Thierry Lepaon.  

… Mais aussi un phénomène inévitable. Mais ces soubresauts de l'actualité n'expliquent pas à eux seuls l'étiolement de l'unité syndicale du 1er mai. "C'est un processus au temps long, un phénomène durable", estime Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du Travail, contacté par Europe 1. "Le 1er mai exprime (depuis 1886) un mouvement collectif. Il correspond à un syndicalisme d'usine, industriel, et donc à un mouvement de masse. Aujourd'hui, avec l'essor des services, le marché du travail s'individualise, et le syndicalisme fonctionne davantage en réseau. Donc le mode d'action aussi", poursuit ce spécialiste du monde syndical.

Quoi qu'il en soit, ces divisions interviennent au mauvais moment, en pleine période de rupture avec l'opinion. À en croire un sondage OpinionWay pour Axys Consultants, Le Figaro et BFM Business, 67% des Français ne se sentent proches d'aucun syndicat.

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