"Sale Pute" : la relaxe requise pour Orelsan

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"Sale Pute" : la relaxe requise pour Orelsan
@ MAXPPP
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Le chanteur, poursuivi par Ni putes ni soumises pour provocation au crime, est jugé depuis lundi.

Le tribunal correctionnel de Paris a jugé lundi le rappeur Orelsan, poursuivi pour provocation au crime par le mouvement féministe Ni putes ni soumises. L'association lui réclame 4.000 euros de dommages et intérêts, selon la journaliste de L'Express Julie Saulnier, présente au tribunal. Le procureur a lui réclamé la relaxe. Le jugement a été mis en délibéré au 12 juin.

L'objet du litige : la chanson Sale Pute diffusée sur Internet en mars 2009. Ce clip montre un jeune homme qui se saoule, chez lui ou sur la plage, après avoir découvert que sa copine le trompe. Entre colère et amertume, il la menace, en termes très crus, de toute une série de sévices comme de l'"avorter à l'opinel". Accablé, le garçon oscille entre des "Je t'aimais" et des propos très violents.

Orelsan défend "la liberté de création"

"J'ai fait cette chanson comme j'aurais pu faire n'importe quelle autre chanson", témoigne le rappeur, "afin de faire passer une émotion, de montrer comment un être humain, quand il est jaloux, peut devenir une espèce de monstre". Mais le présidente de la 17e chambre correctionnel de paris ne l'entend pas vraiment de cette oreille. "Je ne la vois pas très bien cette émotion...", remarque Marie Mongin.

Orelsan, Aurélien Cotentin de son vrai nom, reconnaît des paroles violentes mais précise qu'"il n'y a aucune image de violence" dans son clip. "Je n'ai pas été plus loin que n'importe quelle série sur TF1 où il y a un meurtre direct", défend le chanteur au nom de la "liberté de création de l'artiste".

"On se trompe de cible"

Incompréhension sur le banc des parties civiles. "Pour nous cette chanson est vraiment un appel à la haine", s'émeut la présidente de Ni putes ni soumises, Asma Guénifi. "Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon et ça, ce n'est pas fictif", renchérit son avocate, Me Samia Megouche, pour laquelle "on ne peut laisser dire tout et n'importe quoi".

"Oui, il y a des crimes horribles", rétorque Orelsan, "mais ce n'est pas pour ça qu'il faut interdire aux chansons d'en parler", sinon plus d'Orange Mécanique, "on ne fera que des films et des chansons bien-pensants". Autant d'arguments qui ont convaincus le procureur Aurore Chauvelot, qui a requis la relaxe. La magistrate a précisé : "je crois que l'on se trompe de cible", avant de rappeler que les femmes battues ne sont "pas victimes des propos d'un chanteur qui s'exprime dans le cadre de sa liberté d'expression artistique".

Deux Victoires de la musique en mars

Au lendemain des Victoires de la musique, le tribunal correctionnel avait décidé de repousser le procès jusqu'à ce lundi 7 mai. Le soir de la cérémonie, le 5 mars dernier, Orelsan avait remporté les Victoires de la révélation du public et celle de l'album de musiques urbaines de l'année pour Le chant des sirènes (3e Bureau/Wagram).

A l'issue de la cérémonie, Ni putes ni soumises s'était "félicité du changement de style des chansons du rappeur" dans un communiqué. Invité au Printemps de Bourges le 27 avril, Orelsan avait clairement annoncé qu'il ne "chanterait pas Sale Pute ce soir".