Rushdie regrette les "renoncements" en matière de liberté d'expression

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Rushdie regrette les "renoncements" en matière de liberté d'expression
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L'écrivain estime que de "mauvaises leçons" ont été tirées de l'affaire des "Versets sataniques" il y a plus de 25 ans et regrette une certaine lâcheté face à l'extrémisme.  

Salman Rushdie, qui s'est longuement confié à l'Express dans un entretien à paraître mercredi, dresse une critique sévère mais lucide des prises de position, aussi bien de la part des gouvernements que des milieux intellectuels, face au fanatisme religieux, 25 ans après la publication des Versets sataniques. Cette œuvre lui a valu d'être visé, en 1989, par une fatwa lancée par l'ayatollah Khomeini et finalement levée par l'Iran en 1998. L'écrivain britannique d'origine indienne estime notamment que de "mauvaises leçons" ont été tirées de cette affaire, regrettant, face à l'extrémisme, une attitude lâche  en matière de liberté d'expression. "Au lieu d'en déduire qu'il faut s'opposer à ces attaques contre la liberté de s'exprimer, on a cru qu'il fallait les calmer par des compromis et des renoncements".

"La liberté de parole, la liberté d'expression est la liberté sans laquelle toutes les autres disparaissent. C'est la base, le fondement d'une société ouverte", expliquait Salman Rushdie dans une interview publiée en 2012. 

Les musulmans, premières victimes de l'intégrisme. "L'extrémisme constitue une attaque contre le monde occidental autant que contre les musulmans eux-mêmes", estime Salman Rushdie qui souligne que se taire "ne rend pas service aux musulmans". "Qui fait-on souffrir en Irak aujourd'hui? Ce sont avant tout des musulmans qui massacrent d'autres musulmans (...). Lors de l'affaire des Versets sataniques, les partisans des ayatollahs menaçaient d'abord, à Londres ou ailleurs, ceux qui n'approuvaient pas la fatwa lancée contre moi. (...) Combattre l'extrémisme, ce n'est pas combattre l'islam. Au contraire, c'est le défendre", ajoute fermement l'écrivain.

Salman Rushdie se dit "choqué" par le fait que certains écrivains aient boycotté, en mai, une cérémonie à New York où deux journalistes de Charlie Hebdo avaient reçu un prix célébrant la liberté d'expression. Ces écrivains voyaient dans l'hebdomadaire français, victime d'un attentat meurtrier le 7 janvier, un journal islamophobe et intolérant. "J'ai eu la sensation que si les attaques contre les Versets sataniques avaient lieu aujourd'hui, ces gens ne prendraient pas ma défense et useraient de ces mêmes arguments contre moi en m'accusant d'insulter une minorité ethnique et culturelle", explique Salman Rushdie.

"Pourquoi ne pourrait-on pas débattre de l'islam ?" Interrogé sur les leçons à tirer de la montée de l'extrémisme, Salman Rushdie préconise de briser le "tabou de la prétendue 'islamophobie'. "Pourquoi ne pourrait-on pas débattre de l'islam ?", interroge-t-il, prônant l'importance du dialogue et rappelant qu'il est "possible de respecter des individus, de les préserver de l'intolérance, tout en affichant son scepticisme envers leurs idées, voire en les critiquant farouchement."