Roudinesco : le terrorisme, une "pulsion de mort à l’état brut"

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La psychanalyste et universitaire française était l’invitée d’Anne Sinclair, samedi matin, sur Europe 1.

"Tout être humain est habité par la pulsion de mort". Auteur notamment de L’histoire de la psychanalyse en France, Elisabeth Roudinesco était l’invitée d’Anne Sinclair, samedi matin, sur Europe 1. Près d’un mois après les attaques ayant frappé Paris, cette grande voix de la psychanalyse a passé sous la loupe de cette discipline les attentats et leurs effets sur la société.

"Dès qu’il y a un deuil national, un choc traumatique, il y a toujours cet aspect-là de : ‘la vie continue’", a expliqué l’auteur de l’essai Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, prix Décembre en 2014. Une réaction "logique, normale" qui existe "aussi dans les deuils individuels".

"Une société assez dépolitisée". En revanche, "ce qui a été très particulier, c’est qu’on a vu apparaître une comparaison – que je n’ai jamais aimée - avec les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Et il y a quand même des gens qui ont dit ‘là, cette fois-ci, ça concerne tout le monde’", a estimé Elisabeth Roudinesco.

Une violence "aveugle" qui "frappera tout". La psychanalyste évoque un terrorisme "par définition aveugle", qui "frappera tout demain, y compris des mosquées et des musulmans". Et la psychanalyse de se référer à l’attaque du World Trade Center, le 11 septembre 2001 : "Combien y avait-il de nationalités ? On frappait un symbole, mais en même temps, on tue n’importe qui."


Attentats de Paris : un choc plus "violent" que...par Europe1fr

Terrorisme et pulsion de mort. Pour Elisabeth Roudinesco, si "l’on n’a pas besoin de la psychanalyse pour penser" la haine qui peut conduire au terrorisme, "Freud l’a pensé". "Il a nommé cela ‘pulsion de mort’", a expliqué l’historienne de la psychanalyse, évoquant l’un des concepts clefs de l’analyse freudienne, introduit dans Au-delà du principe de plaisir, en 1920. Pour le fondateur de la psychanalyse, "tout être humain est habité par la pulsion de mort".

Pour combattre celle-ci, seules "la civilisation et la sublimation, c’est-à-dire l’accès à la culture, peuvent non pas la guérir, mais la sublimer, c’est-à-dire la faire passer sur autre chose". Autrement dit, "on est tous des criminels en puissance, mais l’on ne devient pas tous des criminels", a affirmé cette spécialiste de Sigmund Freud et de Jacques Lacan. "Le plus dangereux, c’est que ces formes de violences extrêmes offrent, bizarrement, un projet. C’est un projet de mort", avance la psychanalyste qui estime : "C’est la pulsion de mort à l’état brut. Ils meurent comme des idiots."

"On a pris Michel Onfray pour un philosophe, c’est un escroc". Amenée à réagir sur les propos de Michel Onfray sur les attentats - il a notamment accusé la France d’avoir "semé la guerre contre l’islam politique" récoltant "la guerre de l’islam politique" -, Elisabeth Roudinesco, qui croise souvent le fer avec le philosophe médiatique, a rétorqué : "Je crois qu’il dit n’importe quoi. Il peut dire tantôt quelque chose, tantôt son contraire". Et d’insister : "On a pris Michel Onfray pour un grand philosophe, c’est un escroc".

>> Retrouvez tous les samedis matins, de 8h35 à 9 heures, l'entretien d'Anne Sinclair sur Europe 1.