Romantique "Comme un Garçon"

  • A
  • A
Romantique "Comme un Garçon"
Partagez sur :

Il avait le cheveu long et vivait son premier amour. Pierre-Louis Basse revisite avec émotion la fin des années 70. (Chez Stock).

Comme conteur, Pierre-Louis Basse ne peut s'empêcher de vous faire la visite guidée des lieux. Son premier roman, "Comme un Garçon" n'échappe pas à la règle de ses précédents ouvrages. Une visite géographique où il nous incite à nous arrêter sur chaque nom de rue, "qui ne sont pas que des noms". Mais aussi une escapade temporelle. C'est ainsi que, de Nantes à Paris, il revient sur la jeunesse de Pierre Garçon, (son double), un quinquagénaire que la mort de son père pousse à une rétrospective. Son but : en "finir avec cette jeunesse perdue". Car Pierre vit dans le souvenir de son premier amour, Lucie. Or celle-ci, après un mutisme de 30 ans, a définitivement mis fin à ses illusions.

Se remémorer pour tirer un trait. C'est dans ce but qu'il s'installe dans une chambre d'hôtel à Clichy, à quelques mètres de l'endroit où il rencontra Lucie, un 1er septembre 1979, "un peu comme dans un tableau d'Edward Hopper. Une jeune femme est installée, seule, dans un café". A partir d'un vestige de ticket de métro jaune citron, d'une nouvelle de Jorge Luis Borges ou d'anciennes rengaines de Franck Zappa, d'Higelin, d'Yves Simon, de Nina Hagen ou encore de Serge Gainsbourg, il ressuscite des scènes du passé : une bande de copains scolarisés au lycée Jules Ferry, fils de soixante-huitards, immergés dans l'utopie communiste, avides d'idéaux révolutionnaires mais passés à côté de l'action : Max, Richard, Mario et Pierre.

Max est de loin le personnage le plus flamboyant de la troupe. Des chaussures "Bowen", un blouson noir acheté aux puces... "Le seul de la bande à avoir eu le courage de ses idéaux", note Pierre désabusé. A côté, il fait en effet figure de doux rêveur, obnubilé par Lucie. Du bar Le Liverpool au restaurant de la mère de Lucie fréquenté par des intellos, Pierre revit sa jeunesse au rythme de ses désillusions. "1979, c'est peu le grand nettoyage. La plupart des acteurs de mai 68 avait tourné casaque". "Il savait confusément que les livres, le cinéma, le quartier latin, c'était sa seule chance d'échapper au communisme familial". Et quand trente ans plus tard, Pierre devenu journaliste revoit Max, libéré des geôles sud-africaines, son jugement sur lui-même est amer et sans appel : "Pierre avait fini par trahir. (...) Pour se consoler de sa trahison, il se prendrait toujours pour le dernier soliste de l'entreprise. Pierre en était devenu pathétique."

Excepté la merveilleuse scène de ski sur la butte Montmartre, l'aventure sentimentale laisse largement place à une photo d'époque. A travers la multitude de détails visuels dispersés à petites touches au fil des pages, les quadras-quinquas ne manqueront de sourire à l'évocation de ces flash backs qu'ils ont vécus de près ou de loin. Les plus jeunes toucheront eux du bout des doigts une époque qui, en dépit de figures charismatiques comme Sartre, Mesrine, Goldman, tirait déjà un trait sur l'esprit national pour céder à un individualisme financier, qui triomphera dans les années 80. Jusqu'à notre époque qui inspire cette conclusion fataliste à l'auteur : "Jamais le pays dans lequel il vivait n'avait exhibé autant de preuves d'asservissement à ceux qui dominent et qui détiennent le pouvoir par l'argent".

Comme Un Garçon (Stock, 14,50 euros)