Pourquoi la littérature japonaise séduit

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Pourquoi la littérature japonaise séduit
De plus en plus appréciée en France, la littérature japonaise sera à l'honneur du Salon du Livre, qui s'ouvre vendredi.@ MAXPPP
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De plus en plus appréciée en France, elle sera à l'honneur du Salon du Livre, qui s'ouvre vendredi.

Exotique, intrigante, déroutante, méconnue, la littérature japonaise connaît depuis une décennie un succès grandissant en France. Les chiffres de vente pourraient même faire pâlir certains auteurs français. Le 32ème Salon du Livre, qui s'ouvre vendredi, a d'ailleurs placé cette nouvelle édition sous le signe des "lettres japonaises". Europe1.fr s'est penché sur les raisons de cet enthousiasme pour les mangas (bandes-dessinées) et la littérature plus classique.

Une BD sur 3 vendue en France est un manga

L'an dernier,  14 millions d'albums mangas se sont écoulés en France, selon une étude de l'institut GfK. Soit une bande-dessinée sur trois. La série One Piece - une histoire de pirates à la recherche d'un trésor - s'est à elle seule vendue à 1,5 million d'exemplaires. Suivie de près par Naruto, le héro aux cheveux orange, avec 1,2 million d'albums en 2011. Un gâteau que se partagent pas moins de 33 maisons d'édition.

Arrivés d'abord sous la forme de dessins-animés dans les années 1980, les mangas japonais ont ensuite connu le succès au milieu des années 1990. "Quand les dessins-animés n'ont plus été en odeur de sainteté à la télévision, ça a coïncidé avec l'arrivée des mangas sur papier", rappelle Benoît Huot, spécialiste des mangas chez Glénat. Les adolescents de l'époque, privés de Dragon Ball ou Goldorak, ont donc retrouvé leurs héros dans les librairies.

"Shôjo", "shonen" et "seinen", chacun son manga

"La force du manga, c'est que chaque série est très précisément segmentée, selon le sexe et la tranche d'âge", explique de son côté Sébastien Langevin, rédacteur en chef de Canal BD Manga Mag. "Shôjo manga" pour les filles, "shonen manga" pour les garçons et "seinen manga" pour les adultes", chacun y trouve son compte. D'autant que les séries "sont calibrées en fonction du lectorat", selon Benoît Huot. "Il y a des grilles de fabrication qui permettent d'assurer un succès minimum", décrypte l'éditeur.

La forte identification aux personnages est une autre clé du succès des mangas. "Le manga s'adresse aux adolescents comme aucune autre littérature ne le fait généralement", assure Sébastien Langevin. Les sagas mettent en scène des "héros-miroir", "qui ont le même âge et qui grandissent en même temps que le lecteur", explique-t-il, en comparant le phénomène à Harry Potter, le sorcier de J.K Rowling.

"Convaincre le lecteur que l'histoire est intéressante"

Et au rayon adultes, impossible de ne pas trouver son bonheur. Seul contrainte pour les éditeurs, "il faut aller chercher le lecteur et le convaincre que l'histoire est intéressante", note Benoît Huot. Les Gouttes de Dieu a été le premier grand succès de "seinen" en France : cette enquête dans le monde du vin a séduit près de 500.000 lecteurs.

Les auteurs ont également trouvé le moyen de fidéliser leurs lecteurs : les rendre accros. "C'est très addictif. On est dans un feuilleton et chaque épisode finit par un cliffhanger (une fin ouverte qui crée un fort suspense, ndlr)", note Benoît Huot.

"La littérature japonaise n'est plus marginale ou exotique"

Mais si le manga est le pan de la littérature japonaise le plus visible dans les librairies françaises, il n'en reste pas moins que les romans plus classiques intriguent et séduisent de plus en plus les lecteurs. "La littérature japonaise n'est plus marginale ou exotique. C'est devenu un littérature presque comme les autres", assure Cécile Sakaï, professeur de littérature japonaise à l'université Paris 7.

"On ne lit pas parce qu'on aime le Japon, mais parce que l'on aime l'auteur", ajoute-t-elle. Le romancier Haruki Murakami a bénéficié de cette dynamique. Sa trilogie 1Q84, dont les deux premiers tomes ont déjà été publiés en français, se sont écoulés à respectivement 100.000 et 50.000 exemplaires.

"On ne reviendra pas à un état où la littérature japonaise n'était pas connue"

"L'actualité tragique du Japon (le séisme et le tsunami du 11 mars 2011, ndlr) a également reporté l'attention sur le pays. Les lecteurs veulent en savoir plus sur le Japon", explique Cécile Sakaï. Environ 25 titres sont traduits chaque année, indique-t-elle.

Pour autant, la spécialiste est persuadée que la littérature japonaise n'atteindra jamais en France la reconnaissance et les niveaux de vente des auteurs anglo-saxons. "Le monde entier est toujours sous la coupe de cet 'impérialisme'. Il y a un acquis qui sera difficilement dépassable", reconnaît-elle. Mais "avec cette dynamique commerciale et culturelle, on ne pourra jamais revenir à un état où la littérature japonaise n'était pas connue", se réjouit Cécile Sakaï.