Philippe Torreton : "Shakespeare écrivait pour les prostituées, les marins, les nobles avec gardes du corps"

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Le comédien triomphe en Cyrano et publie un ode à Shakespeare. Invité de David Abiker samedi, c'est sa déclaration d'amour aux textes qui est palpable.

INTERVIEW

Beaucoup de gens n'ont jamais vu un Shakespeare en scène. Mais tous connaissent le plus connu des dramaturges anglais, dont on fête d'ailleurs les 400 ans de la naissance. Philippe Torreton, qui triomphe  en Cyrano de Bergerac au théâtre de la Porte Saint-Martin depuis le mois de février, publie une déclaration d'amour au grand auteur, Thank You Shakespeare !, aux éditions Flammarion. Le comédien était l'invité de David Abiker dimanche dans C'est arrivé demain.

Indéboulonnable. Shakespeare ? "Je crois qu'il s'est adressé aux être humains. Il a eu le talent d'être dans l'universalité. Son oeuvre est indéboulonnable." Philippe Torreton, presque amoureux, ne tarit pas déloges. L'acteur tombe dans le "mythe Shakespeare" tout jeune. "J'étais très déboussolée." Philippe Torreton venait de quitter sa Normandie familiale pour Paris afin de faire du théâtre son objet d'étude au Conservatoire national. S"y ajoute un chagrin d'amour en fin de première année. Pendant les vacances d'été, Philippe Torreton décide donc de se reconcentrer, de s'imposer une discipline. Ce sera Shakespeare, l'auteur qui incarne "le grand théâtre".

"Aréopage humain". Pour appréhender Shakespeare, l'acteur a sa méthode. Il mène sa petite enquête, directement dans le texte. "Je me suis dit : 'Shakespeare écrivait pour des gens moins cultivés qu'aujourd’hui'. L’alphabétisation a progressé en 400 ans. Il n'y avait pas de cinéma. Donc il y a avait un aréopage humain incroyable lors d'une représentation". Et l'acteur de citer prostituées, clients et notaires signant un contrat, marins, nobles avec gardes du corps... "Shakespeare écrivait pour ce public-là. C'est une écriture faite pour capter l'attention."

"Le théâtre ? Un désir profond de dire quelque chose à quelqu'un". On demande souvent à Philippe Torreton s'il est difficile de mémoriser un texte, mais il n'y a qu'une chose qui compte selon lui : "la pensée. Shakespeare est un grand Monsieur qui a écrit des textes incroyables qui dégagent une pensée. On est là pour incarner cette pensée, pour la rendre vivante." Alors oui, il faut apprendre le texte. Cyrano et Hamlet lui ont demandé sept mois. "Mais ce qui compte, c'est d'être animé par cette pensée, 'être dedans'. A l'inverse, si on n'est pas à l'aise avec la pensée, la mémoire devient un problème, vos mains, vos pieds, votre posture aussi. Animé de la pensée, on ne réfléchit plus aux mains. Tout devient naturel. Le théâtre, c'est un désir profond de dire quelque chose à quelqu'un."

"Certaines phrases peuvent avoir un écho particulier". Le comédien rappelle aussi que le théâtre peut servir à prendre des chocs. Certaines phrases résonnent avec l'actualité ou peuvent avoir un écho particulier par rapport à sa vie ou quelqu'un que l'on sait dans la salle. "On sait qu'on a rendez-vous avec une phrase. Le théâtre sert à ça aussi. A ce que des phrases aient un écho particulier, un jour particulier, par rapport à un problème collectif ou individuel." Le spectateur vient être mis à nu, pour se dire "ah mais ça, c'est moi." Comme en littérature, qui ne s'est pas déjà reconnu ou senti percé à jour ?

Retrouvez David Abiker dans C'est arrivé cette semaine, tous les samedis, de 9h à 10h.