Niels Arestrup : "Churchill était fan absolu de Greta Garbo"

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Dans la pièce "Skorpios au loin" au théâtre des Bouffes Parisiens, Niels Arestrup et Ludmila Mikaël campent Churchill et Garbo, deux icônes à l'heure du bilan.

INTERVIEW

L'une passa plus de la moitié de sa vie, de 1941 à sa mort en 1990, isolée du monde en ayant renoncé à la gloire. L’autre rejeta toujours l’idée même du renoncement. Malgré cette opposition, Greta Garbo et Winston Churchill se croisent sur le yacht de l'armateur Aristote Onassis un jour d'été 1959. C'est à partir de cette rencontre - réelle - qu'Isabelle Le Nouvel a créé la pièce Skorpios au loin, jouée au théâtre des Bouffes Parisiens. Niels Arestrup, époux de l'auteure à la ville, et l'actrice Ludmila Mikaël, incarnent les deux protagonistes. Ils étaient les invités de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie pour évoquer chacun leur rôle.

"Choqué qu'elle se retire du cinéma". La pièce est fictionnelle car dans la réalité, Winston Churchill, 85 ans, se trouvait dans un fauteuil et ne pouvait quasiment plus parler. Garbo, elle, avait la soixantaine. L'oeuvre imagine ce que les deux figures auraient pu se dire, car Churchill était bel est bien un admirateur de l'actrice. "Il est fan absolu de Greta Garbo", explique Niels Arestrup. "On le dit dans la pièce, pendant certains bombardements sur Londres, la nuit, il se faisait projeter La reine Christine (film de Rouben Mamoulian de 1933). Il trouvait qu’il y avait une force dans ce personnage qui lui redonnait de la force. (…) Il a été très choqué par le fait qu’elle se retire du cinéma, en tant que fan mais aussi en tant que caractère qui ne supporte pas qu’on abandonne."

"L'idée de se cacher". Ludmila Mikaël, ancienne de la Comédie française et mère de l'actrice Marina Hands, compatit pour son personnage, elle qui a choisi à 40 ans de quitter la Comédie française, comme "une question de survie". "L’idée de se cacher, de ne pas être exposée, c’est quelque chose que je peux tout à fait accepter", explique la comédienne, d'autant, précise-t-elle, que les studios d'Hollywood avaient une emprise totale sur les acteurs et actrices, déjà à l'époque.

Pour incarner l'ancien Premier ministre britannique, Niels Arestrup a aussi joué sur le physique. Il n'a pas cherché à imiter son timbre caractéristique, mais a essayé "de restituer quelque chose de l'ordre de la cassure, non seulement chez Churchill mais aussi chez les gens âgés qui n’ont plus le souffle." 

"Leur existence, leurs choix". Face à face sur ce bateau qui vogue vers une île grecque, la nuit-même où La Callas succomba à Onassis, les personnages sont comme confrontés à un bilan, dans un temps suspendu : "Il y a quelque chose d’un espèce de flash-back qu’ils font tous les deux, sur leur existence, sur leurs choix, à l‘opposé l'un de l‘autre. Lui qui est resté près du pouvoir, qui ne s‘est arrêté que parce qu‘il a eu un AVC et s’est consacré totalement à la peinture qui était sa passion, plus qu‘un hobby", décrit l'acteur triplement césarisé. Il y voit une clé de l'intérêt du public : "Nous sommes tous dans l’interrogation de ce qu’on fait du temps qui reste... Est-ce qu’on a encore des projets ?"