Natalie Dessay : "J'étais dans une cage dorée"

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La chanteuse lyrique a laissé l'opéra qui lui a tant donné pour sa passion d'origine : le théâtre. Invitée samedi sur Europe 1, elle explique son changement de cap.

Elle a tout bousculé pour repartir de zéro. Pendant vingt ans, elle a été une chanteuse lyrique qui a foulé les scènes de Paris, New York, Vienne ou Tokyo. Elle était la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée, Zerbinette dans Ariane à Naxos, Olympia dans Les contes d’Hoffmann, Violetta dans La Traviata. Puis, il y a  deux ans, elle a dit au revoir à l'opéra pour bousculer son quotidien : elle chante les parapluies de Cherbourg de Michel Legrand, elle est la voix de contes pour enfants, double des dessins animés. Pour évoquer cette nouvelle vie, centrée aussi et surtout sur sa passion de toujours, le théâtre, elle est l'invitée d'Anne Sinclair, samedi sur Europe 1.

"Incarner des personnages, en chantant ou en parlant". jusqu’au 14 mai, elle joue Und d’Howard Barker au Théâtre des Abbesses, un monologue dramatique d’une heure. La question se pose alors : malgré sa voix, s'est-elle trompée de voie pendant 20 ans ? "Non, répond-elle. On a des envies, des désirs, mais c’est la vie qui décide." Ce qu'elle voulait depuis toujours était "incarner des personnages. Que ce soit en chantant ou en parlant, finalement, ce n’est pas très différent." Elle est cependant critique sur l'art qui lui a beaucoup donné. "L'opéra devrait selon moi être plus du théâtre. Le but ultime de l’opéra c’est le jeu d’acteur. La musique même doit être au service du théâtre. Or ce ‘est pas tout à fait ça. On est employé dans tel rôle plus à cause de sa voix que parce que l'on correspond au rôle."

Une voix qui l'a "conditionnée". Sa voix à elle, celle d'une soprano colorature, l'a "conditionnée. Un ténor fait les jeunes premiers, un baryton, les frères, les pères, les vieux, les méchants, et les sopranos, les soubrettes ou jeunes filles éplorées. C’est marrant quand on a 25 ans, qu’on explore le répertoire, on est très contente de voyager autour du monde et de rencontrer des gens passionnants. Mais si elle avait dû choisir, "j’aurais choisi une plus grande voix, une voix de grand lyrique qui permet de faire tous les grands rôles du grand répertoire."

"Les choses sont plus difficiles". Au théâtre, l’espace de créativité luis semble plus grand puisqu’il n’y a pas la musique qui donne de cadre. "J’ai toujours voulu être comédienne. J’aime oublier qui je suis pour entrer dans l’univers des autres, que ce soit un auteur, un metteur en scène. La chanson par rapport à l’opéra, c’est tout une autre philosophie du son, on n’a pas à projeter  sa voix, parce qu’il y a un micro et une plus grande intimité avec l’auditeur. Jusqu’ici j’étais dans une cage dorée. Je suis sortie de la cage, les choses sont plus difficiles. Il y a des auteurs que j’aimerais jouer bien sûr mais j’ai surtout envie de rencontrer des gens qui vont me faire progresser, me choisir et avoir confiance en moi."