Muriel Robin : "Revenir entre 20 et 50 ans, je ne signe pas, même pour un milliard"

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

La comédienne s'est ouverte sans faux-semblant au micro d'Europe 1. Elle décrit trente ans de mal-être, dont elle vient à peine de sortir.

INTERVIEW

Quand on évoque Muriel Robin, on la pense joyeuse, puisque son art est de faire rire. C'est une erreur. Les deux ne vont pas forcément ensemble, et c'est encore plus vrai pour elle. L’humoriste, invitée de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie alors qu'elle triomphe avec Michèle Laroque dans le spectacle Elles s'aiment, s'est confiée à Isabelle Morizet. Et ne cache pas qu'elle prend goût à la vie depuis une période très récente.

"Tout me percutait".Joyeuse ? "Je ne l'ai pas beaucoup été pendant pas mal d'années". Les mots sont directs, francs, durs. "Je portais un peu le poids du monde, de la famille, de plein de choses. Tout me percutait tellement fort. J’étais assombrie, j’en oubliais de sourire. Beaucoup de gens ont dû penser que je faisais la gueule ou que j’étais désagréable, mais en fait, j’étais fermée parce que j’étais un peu dans une bulle de protection."

"J'étais trop différente". Le rire, elle l'avait comme un acquis, elle l'a su très jeune. Pour le reste, tout a été plus difficile. Comme les mots de sa mère qui, même quand elle triomphait, lui lançait un "Va faire ton intéressante" cinglant. Une phrase qui n'a jamais bien cicatrisé. Elle s'était pourtant échappée des magasins de chaussures familiaux à Saint-Etienne pour le conservatoire. Brillante, elle ne se sentait pourtant pas à l'aise. "J’étais trop différente. On m’a catalogué 'boulevard'. Ça ne rentrait pas dans le cadre. Le seul qui ne m’a pas catalogué, c’est Michel Bouquet, mon professeur." Elle a failli plusieurs fois quitter le métier, a été autant de fois rattrapée par la manche par Michel Bouquet.

"Beaucoup de peine". Mais longtemps, ce sentiment rampant de ne pas être choisie a persisté. Malgré le succès du téléfilm Marie Besnard (11 millions de téléspectateurs et un Emmy Award), le gouffre reste présent. Elle est frappée de ne pas avoir de retour dans la presse française pour ce prix. "Je me suis encore dit que ça ne devait pas être mérité." Encore, parce qu'elle a enduré huit nominations aux Molière sans concrétisation. La dernière date de 2016, il lui a bien fallu un an pour s'en remettre, précise-t-elle. "Ça devient plus que mélancolique. Je me suis dit deux choses : 'Un, ils ne m’aiment pas', d’autant qu’ils l’ont donné trois fois à Valérie Lemercier. 'Et deux, tu t’es racontée des histoires'. On pense un peu du bien de soi tout en étant dans le doute permanent. Et là, ça m’a fait beaucoup de peine."

"Je découvre la légèreté". S'ajoutent à ces rendez-vous manqués son autre regret professionnel : celui d'un jeu de cache-cache avec le cinéma dont elle espère toujours un signe. "Peut-être que je faisais peur. C’est comme ça. Désormais, je suis prête. Je me vois dans des personnages de femmes d’aujourd’hui." En tant que femme aussi pointe un regret, celui de ne pas avoir été mère. "C’est trop tard. J’ai l’âge d’être grand-mère."

Mais à 62 ans, pointe enfin la lumière, assure-t-elle. "Je n’étais pas légère et je découvre la légèreté." Pouvoir revivre ses dernières décennies lui ferait horreur. "Entre 20 et surtout entre 30 et 50, je ne resigne pas pour tout l’or du monde, même pour un milliard. C’est impossible. Entre 50 et 60, je commence à parapher. Et maintenant, je signe."


Spectacle Elles s'aiment : "Il y a dix ans, je ne l'aurais pas fait"

Après Ils s'aiment, Ils se sont aimés, Elles s'aiment...La tournée du spectacle se termine en avril et a illustré sur scène la variante du couple qui manquait : des partenaires de même sexe. "J’espère qu’on fait du bien à certaines ou certains jeunes. Aux adultes aussi. Ceux qui viennent ne sont, a priori, pas homophobes. Ce n’est pas vraiment pour changer les mentalités, mais ça permet de constater que quelque chose a bougé, positivement, même s’il y a encore beaucoup de travail à faire. Il y a un remplissage égal quand c’est un couple mixte ou un couple du même sexe. Il y a dix ans je ne l’aurais pas fait, et il y a 20 ans, j’aurais eu peur de me prendre des cailloux. Là, on ne s’est même pas posé la question."