Mort de Glucksmann : "un homme qui a changé de camp mais pas d’avis"

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HOMMAGE - De nombreuses personnalités ont rendu hommage à ce philosophe antitotalitaire mort à l’âge de 78 ans.

Philosophe girouette pour certains, libre pour d'autres. André Glucksmann est mort dans la nuit de lundi à mardi à l'âge de 78 ans. De nombreuses personnalités ont rendu hommage à ce philosophe antitotalitaire, militant de mai 68, proche des maos français, avant de rompre brutalement avec le communiste, pour se revendiquer pro-américain les dernières années de sa vie.

"Il a changé de camps mais il n'a jamais changé d’avis". A ceux qui lui reprochent d'avoir changé de courant philosophique à de nombreuses reprises, le philosophe Raphaël Enthoven rétorque simplement qu'André Glucksmann était un homme libre. "Il y a une injustice autour d’André Glusksmann. On l’a accusé de reniement. On a accusé cet homme d’avoir trahi sa jeunesse en passant du maoïsme au soutien de Nicolas Sarkozy, pendant la campagne présidentielle de 2007. Or, je crois que c’est le contraire, André Glucksmann était l’amant de la liberté. C’est par fidélité à lui-même et à sa seule maîtresse la liberté, qu’il a changé le contenu de son adhésion, de son discours, parce qu’il suivait la liberté là où il croyait la voir. C’est un homme qui a effectivement changé de camp mais qui n’a jamais changé d’avis. C’est une constance magnifique", estime le philosophe sur Europe 1.

Entendu sur Europe 1
André Glucksmann était l’amant de la liberté

Autre philosophe à rendre hommage à André Glucksmann : Bernard-Henri Lévy, lui aussi membre du courant des "nouveaux philosophes", dans les années 70. "Je suis très bouleversé et très secoué", a-t-il déclaré. "Bouleversé. Secoué. 40 ans de vie intellectuelle, de combats et de colères partagées". Il était "le seul de mes contemporains avec lequel j'avais le sentiment de partager le même souci du monde et de l'autre", a ajouté BHL.

"Un de ces philosophes courageux qui se sont engagés". François Hollande a, lui aussi, rendu hommage mardi au philosophe. "André Glucksmann portait en lui tous les drames du 20e siècle. Fils de réfugiés dans les années 1930, il avait connu le sort des enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ancien assistant de Raymond Aron à la Sorbonne, André Glucksmann a toute sa vie durant mis sa formation intellectuelle au service d'un engagement public pour la liberté", écrit l'Elysée dans un communiqué.

"C'est un vrai esprit critique en même temps qu'une conscience qui disparaît" a souligné sur Europe 1 le ministre de l'Economie Emmanuel Macron. "Il a fait partie de ces philosophes courageux qui se sont engagés dans la vie de la cité, dans ce combat, et qui ont éclairé très tôt", a ajouté le ministre. La ministre de la Culture, elle, s'est fendue d'un tweet pour saluer "l'une des voix des Nouveaux Philosophes, militant internationaliste (...) Tristesse", a réagi la ministre sur Twitter.



"Cette nécessité qu'il avait à exprimer une solidarité." L'essayiste Caroline Fourest, elle, salue sur Twitter l'engagement constant du philosophe. "André Glucksmann nous a quitté. Il était la figure même de l'engagement, qu'il a porté avec talent toute sa vie", estime-t-elle sur Twitter.



Si Jack Lang n'a pas toujours partagé les prises de partie d'André Glucksmann, il rend hommage à sa "rigueur intérieur". "Ce qui est vraiment impressionnant dans le personnage d'André Glucksmann, même si on est pas en accord, comme ce fut mon cas, avec certaines de ses prises de position, notamment politiques, c'est cette rigueur intérieure, c'est cette nécessité qu'il a avait à exprimer une solidarité. Par exemple, récemment et à plusieurs reprises, il a dit son sentiment sur les Roms, la façon dont la société les traite. Il trouvait les mots pour dire de quelle manière nous devions être vis-à-vis des Roms, pour nous comporter autrement", rappelle l'ancien ministre de la Culture et de l'Education nationale sur France Inter.