Mimie Mathy : "Est-ce qu’un enfant comme moi ne m’en aurait pas voulu de l’avoir mis au monde volontairement ?"

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La comédienne de "Joséphine ange gardien" et le romancier Gilles Legardinier expliquent dans un livre comment ils ont surmonté leur différence.

INTERVIEW

Elle est une star de la télé et de la scène et mesure 1m32. Il est un écrivain qui, à peine né, a été abandonné sur les marches d'une église du 6e arrondissement de Paris. De leur différence, ils ont fait un livre Vaut-il mieux être toute petite ou abandonné à la naissance ?. Mimie Mathy et Gilles Legardinier étaient les invités de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, samedi, pour faire découvrir la philosophie qui se cache dans leur ouvrage commun.  

"On va bien". "Ce n'est pas une psychanalyse mais une rencontre, parce qu’on va bien", tranche Gilles Legardinier. C'est lui qui a eu l'idée de ce livre, fait pour "déceler les mécanismes qui font qu’on arrive à s’en sortir alors qu’en théorie, on devrait avoir un caillou dans la chaussure." Ils ont la particularité d'avoir un sens du partage et un état d'esprit positif qui les a fait traverser les épreuves.

Dans la famille de Mimie, qui a deux sœurs plus jeunes, ses parents ne l'ont jamais "surprotégée", dit-elle. Sauf, peu-être, quand ils rêvaient pour elle d'une carrière administrative. Elle a choisi tout le contraire, l'exposition. "Je savais que je voulais être connue. Je voulais être en dehors de ce qu’on rêvait pour moi." Elle a toujours pensé qu'il fallait "se faire entendre. Tu peux rester dans ton coin et dire 'personne ne m’aime'. Mais ceux qui disent ça ne vont pas vers les autres."

"Le goût de la durée". La différence de Gilles Legardinier ne se voyait que lorsqu'il en parlait et observait une "compassion gênée" dans les regard des gens. Mais "j’ai eu la chance d’être adopté, aimé, je n’ai manqué de rien", commente l'écrivain. Il explique avoir développé "le goût de la durée, du choix des gens. On ne dure pas dans la vie, on n’est pas bien si on est entouré de choses versatiles." Mais il l'assure, "c’est une valeur de vie plus qu’une conséquence" de son abandon. C'est cette valeur de vie qui lui fait détester l'été, une saison "où les hommes quittent leur femme et les épouses leur mari". Lui vit depuis 28 ans avec Pascale, avec qui il a eu deux enfants.

Frères et sœurs. Il regrette une chose : ne pas savoir s'il a une fratrie. "Je me fiche de mes parents. Je respecte complètement les raisons qu’ils ont pu avoir. Par contre, j’aurais bien aimé savoir si j’avais des frères et sœurs." La question de l'impossibilité de remonter une filiation avec l'accouchement sous X l'interroge. "Dans notre pays, je trouve que tout est fait pour les gens qui font des enfants mais pas pour les enfants qui sont faits. Je ne parle que pour moi-même. Mais je trouve que ça génère une souffrance pour des gens qui ne sont que victimes." Il a cependant décidé de ne pas rechercher ses parents. "Je suis certain que la solution sera plus décevante que l’imagination", glisse-t-il.

L'hypothèse d'avoir un enfant. Mimie Mathy s'est aussi posé la question de la filiation, mais pour elle-même avoir des enfants. Elle qui "rêvait sa vie amoureuse" à l’adolescence a trouvé l'amour peu après la quarantaine. Dans l'ouvrage, elle se livre aux confidences, indique que si elle avait rencontré son époux Benoist à l’âge où elle aurait pu avoir un enfant, et si à la suite d’une amniocentèse elle avait appris qu’elle était enceinte d’un enfant qui ne grandirait pas, elle ne l’aurait pas gardé. "Est-ce qu’un enfant comme moi ne m’en aurait pas voulu de l’avoir mis au monde volontairement ? Je suis un accident de la vie. A l’époque, les échographies n’existaient pas. Il aurait pu m’en vouloir s’il n’avait pas eu la même foi en la vie."