Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault "fusionnels" à la ville et à la scène

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Les deux danseurs reviennent salle Pleyel avec leur spectacle Je t'ai rencontré par hasard. Ils y explorent la passion au quotidien. 

INTERVIEW

Nommée étoile en 1990 par Patrick Dupont, Marie-Claude Pietragalla fait un geste rare, huit ans plus tard : elle quitte l’Opéra de Paris. Elle a alors 35 ans et prend la direction nationale du ballet de Marseille. Elle y rencontre le danseur Julien Derouault, qui devient son compagnon et le père de sa fille Lola. Celui-ci était l'un des invités surprise de l'émission Campus consacrée à la danseuse.

"Fusionnels". Depuis 2000, il a travaillé sur toutes ses chorégraphies. Ensemble, ils ont fondé en 2004 "Le théâtre du corps Pietragalla-Derouault", qui mélange classique et contemporain. Le couple a aussi chorégraphié le clip Beau Malheur d’Emmanuel Moire. "C'est particulier de travailler tous les jours et d'être constamment avec la personne avec qui l'on vit, commente-t-il. Il vaut mieux être fusionnel. Je crois qu'on est aussi complémentaires." Marie-Claude Pietragalla approuve. 

Entretenir la passion du couple comme le corps pour la danse. "La passion s'entretient, c'est comme le feu. C'est un effort de tous les instants", poursuit Julien Derouault, qui ose le parallèle avec la danse, un art éphémère pour lequel "il faut entretenir son corps" pour que cela dure. L’artiste se dit danseur tout le temps, même dans son quotidien, dans la rue. Il observe comment bougent les gens les uns par rapport aux autres. "Est-ce que les gens se touchent ? Aujourd'hui, on est dans une société où si vous insultez quelqu'un, il ne se retournera pas. Si vous l'attrapez par l'épaule, c'est une catastrophe. Le contact physique devient quelque chose d'agressif."

"Le corps abrite tout". Pour lui, le corps "est la première maison dans laquelle on est. Ce corps a une capacité exceptionnelle de transformation. Il abrite l'émotionnel, il abrite tout." En cas de crise dans le couple, pas de place au règlement de compte sur la scène mais l'émotion se transforme en énergie décuplée.

"Névrose". Le couple a aussi puisé dans sa vie pour alimenter son dernier spectacle, Je t'ai rencontré para hasard, qui revient salle Pleyel. Julien Derouault confesse le "toc" de son épouse : "Pietra a une sainte horreur du désordre", ce qui fait qu'elle peut se mettre à nettoyer à n'importe quel moment. Et même dans leur spectacle, où Marie-Claude Pietragalla a retranscris sa "névrose" dans une scène étonnante de danse et de quotidien.