"Les sables de l’Amargosa", roman à rebours du rêve américain

  • A
  • A
Partagez sur :

Claire Vaye Watkins publie chez Albin Michel une dystopie dans laquelle son couple de héros fuit l'ouest américain vaincu par un sable chaud et dévorant. Elle y a aussi inséré une part biographique, en allant à la recherche d'un père méconnu.

INTERVIEW

Avec Les sables de l’Amargosal'Américaine Claire Vaye Watkins prend un chemin proche de La route de Cornac Mac Carthy. La romancière qui vient de recevoir le prix Lucien-Barrière à Deauville était l'invitée de Nicolas Carreau dans l'émission La voix est livre pour présenter son livre.

Atmosphère moite. Ce premier roman prend place dans l'Ouest américain, dans un futur hypothétique. Cette partie du pays est sous le sable à cause de la sécheresse, faisant ressentir au lecteur ce qu'est la réalité d'un migrant climatique. La quasi totalité des anciens habitants ont quitté la zone faute d'eau. 

L'atmosphère est suffocante, moite, poisseuse. Restent quelques marginaux et les deux héros de l'histoire : Luz et Ray qui se sont installées dans la villa abandonnée d'une starlette de L.A. Le grand premier étonnement vient de leur perception : paradoxalement, les amoureux sont très heureux dans leur univers. "Ils ont trouvé un moyen de faire que ça marche. Ils se voient comme vivant une vie politique, qui a beaucoup de sens, parce qu'ils ont refusé d'évacuer. Ils sont nés là-bas", décrit l'auteure.

Je me demandais pourquoi mon père a pensé qu'un homme comme Manson pouvait le sauver

L'ombre de Charles Manson. Mais comme une vie sans accroc ne fait pas un bon roman, décrit Claire Vaye Watkins, "très rapidement, tout va s'effondrer". Un jour, ils trouvent une petite fille. Ils décident alors de partir avec elle vers l'est, à rebours de la conquête de l'Ouest, comme si l'action se situait au bout du rêve américain. Les deux héros vont alors tomber sur une sorte de communauté hippie, emmenée par un chef un peu gourou censé avoir des pouvoirs de sourcier. Au début rien de malsain ne se profile, mais le groupe fait penser à la communauté de Charles Manson qui s'est transformée en organisation meurtrière.

Non sans raison car cette partie du roman peut s'expliquer par l'héritage familial de l'auteure : "Mon père connaissait la famille Manson. On a dit de lui qu'il était le bras droit de Manson." A l'époque, la communauté recherchait des femmes pour qu'elles rejoignent la communauté. "Il était bel homme et allait chercher des jeunes filles. Il n'avait aucune idée de ce qui se passerait, des choses sombres qui ont eu lieu. J'étais très intéressé par l'histoire qu'il se racontait lui-même, surtout dans les mois où son utopie s'est transformée en dystopie", confie la romancière.

Entre Shakespeare et Mad Max. Le personnage du sourcier a ainsi été imaginé à partir de Charles Manson et du père de Claire Vaye Watkins. A travers son personnage, elle a voulu comprendre les choix de son père. "C'était un mode de vie, un refuge loin de la société américaine. Je comprends ce qu'il essayait de fuir mais je me demandais pourquoi il a pensé qu'un homme comme Manson pouvait le sauver de toute cette toxicité. Je n'ai jamais connu mon père, j'ai appris à le connaître à travers ses écrits mais j'ai essayé de comprendre ce qui a pu se passer dans sa tête."

Au-delà de cet aspect biographique, le roman n'a rien à voir avec l'histoire de Charles Manson. Ce n'est d'ailleurs pas un thriller, ni un roman écologique, il allie des moments contemplatifs à des passages haletants. "J'aime énormément de genres différents. J'aime Shakespeare et Mad Max ! Je voulais combiner toutes ces choses" avec une question... savoir s'il reste de l'espoir.

Chaque samedi, retrouvez toute l'actualité littéraire avec Nicolas Carreau dans La voix est livre, de 15h à 16h sur Europe 1.