Le "Boléro" de Ravel, crescendo le plus célèbre du monde, tombe dans le domaine public

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Cette oeuvre créée en 1928 avait jusqu'à dimanche rapporté d'importants droits d'auteurs à ses héritiers.

Elle est sans doute l'une des œuvres musicales les plus jouées au monde et aussi l'une des plus singulières. Le Boléro de Maurice Ravel est tombé dimanche dans le domaine public français, 88 ans après sa première interprétation à l'Opéra de Paris.

"Jouée à tout moment dans le monde". "On a coutume de dire qu'une exécution du Boléro commence toutes le dix minutes dans le monde. Puisque l'oeuvre dure 17 minutes, elle est donc jouée à tout moment quelque part", explique Laurent Petitgirard, compositeur et président de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). "Et on peut penser qu'on va l'entendre encore plus à présent, dans des publicités ou dans des films", ajoute-t-il.

Un oeuvre déroutante. Composée en 1928 et créée le 22 novembre de la même année à l'Opéra Garnier à Paris, l'oeuvre symphonique est, à l'origine, une musique de ballet commandée par la danseuse russe Ida Rubinstein, amie et mécène de Ravel. Aussitôt saluée par la critique, le Boléro connaîtra rapidement un succès planétaire, même si sa mélodie uniforme et son rythme répétitif en crescendo ont dérouté plus d'un mélomane. Ses détracteurs le disent lancinant, voire agaçant. "C'est une écriture simple et directe sans la moindre tentative de virtuosité", disait de son oeuvre le compositeur français, mort en 1937.

En près de 90 ans d'existence, l'oeuvre a été jouée par les plus prestigieux orchestres du monde, sous la baguette des plus grands chefs. Elle a aussi inspiré une multitude de chorégraphies, la plus connue étant sans doute celle créée par Maurice Béjart, en 1961, pour le Ballet du 20e siècle.

Bataille autour d'un juteux héritage. Oeuvre de tous les records, le Boléro est resté jusqu'en 1994 à la première place du classement mondial des droits d'auteurs. Elle était encore en 103e position en 2015. De quoi susciter quelques convoitises d'autant que Maurice Ravel, qui était célibataire, est mort à 62 ans sans descendance. Après le décès en 1960 de son frère Edouard, son seul héritier, s'ouvrit une période de procès à répétition visant à faire main basse sur le pactole que représentaient les droits d'auteurs générés par les œuvres de Ravel. Un rocambolesque imbroglio juridique où se mêleront, au fil des années, la masseuse d'Édouard Ravel, Jeanne Taverne, son mari chauffeur et factotum, Alexandre, des petits-neveux du compositeur ou encore un directeur juridique de la Sacem.

Il faut dire que l'affaire est plutôt juteuse, la totalité des royalties versées depuis 1960 aux ayants droit et autres éditeurs étant estimée entre 400 et 500 millions d'euros, dont une cinquantaine de millions pour le seul Boléro, selon diverses estimations. Des droits qui ont cessé d'être versés dimanche, date à laquelle le Boléro a commencé à appartenir à tous. Mais tout n'est pas perdu car il existe des droits voisins. Par exemple, les musiciens, à l'origine de versions arrangées du Boléro, continueront à toucher de l'argent.