La famille Bélier : "Je n'aurais pas voulu être sourde"

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La famille Bélier : "Je n'aurais pas voulu être sourde"
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INTERVIEW E1 - La vie de Véronique Poulain a inspiré le film La famille Bélier, qui s'annonce déjà comme un carton populaire. 

Elle est celle qui a inspiré le film La famille Bélier, qui sort sur les écrans mercredi. Comme Paula, l'héroïne du film incarnée par Louane Emera, Véronique Poulain, auteur du livre Les mots qu’on ne me dit pas, s'est occupée de ses deux parents sourds. Avec eux, elle communiquait "autrement", explique-t-elle, en langue des signes. Et si elle a souffert pendant son adolescence, c'est plutôt du regard des autres. Véronique Poulain l'a raconté à Thomas Sotto. 



Le film est très drôle. Mais vivre depuis sa naissance avec des parents sourds peut être compliqué. "Pas tant que ça", assure Véronique Poulain qui se décrit comme une enfant "très gaie." Comme dans La famille Bélier, Véronique Poulain décrit une petite enfance "très fusionnelle" avec ses parents sourds. Ça ressemble à quoi le dialogue dans la famille ? "On parle autrement", raconte-t-elle, "on parle avec les mains, mais on s'ennuie aussi beaucoup". 

"Très injuste qu'on regarde mes parents comme ça." Les complications sont apparues plus tard, autour de l'adolescence. Alors, le "regard des autres" commence à la mettre "en colère", explique Véronique Poulain, parce qu'elle "les trouve trop cons les autres" à dévisager ses parents "dès qu'ils parlent en langue des signes." A l'époque, "ce n'était pas comme aujourd'hui", confie-t-elle. "Aujourd'hui, on est habitué" à voir parler les gens dans la langue des signes. "Je trouvais que c'était très très injuste qu'on regarde mes parents comme ça. Mais moi, jusqu'à ce qu'on les regarde comme ça, je n'avais pas l'impression d'être une enfant très différente", raconte-t-elle. "Mes parents ne m'entendaient pas. C'était ma vie, c'était normal." 

"J'ai beaucoup fantasmé sur les parents avec qui j'aurais eu de grandes discussions philosophiques", avoue-t-elle. "C'est vrai que ça me manquait de ne pas pouvoir les appeler à travers la pièce, comme tous les enfants de mon âge". La petite fille, vraie pipelette, "parlait toute seule", sourit-elle. "Je parlais à mes poupées, je me faisais des films", dit-elle, évoquant aussi la présence de ses grands-parents, qui habitaient juste au-dessus. Chez eux, elle "se défoulait". Avec eux, elle parlait "beaucoup", se souvient-elle. Eux-mêmes, qui avaient eu deux enfants sourds, et qui avaient été "catastrophés" par cette situation. "Quand je suis née, j'étais le Messie", assure-t-elle. "Ils se sont dit qu'avec moi, ils allaient rattraper tout le temps perdu." Ses grands-parents se laissaient donc "griser" par les paroles de leur petite-fille. 

A-t-elle eu honte ? Adolescente, "j'avais honte que ma mère m'emmène au collège en voiture, mais comme tous les enfants", explique-t-elle. Non, elle n'a "jamais eu honte de la surdité de ses parents", affirme-t-elle sans détour. "J'ai été gênée dans certaines situations, notamment quand ils font du bruit et que tout le monde les entend". Quand on est sourd, on fait beaucoup de bruit ? "Les sourds ne s'entendent pas, ils ne contrôlent donc aucun bruit", raconte Véronique Poulain, qui évoque quelques instants de solitude, notamment un moment où sa mère l'appelle dans un supermarché avec "sa voix déformée" et que "tout le monde vous regarde." Mais il lui arrivait même de "frimer" avec la surdité de ses parents lorsqu'elle était adolescente. 

La famille Bélier

"Si c'était à refaire, je choisirais les mêmes parents", assure Véronique Poulain, qui n'aurait pas trouvé plus simple d'être également sourde. Peut-être son père a-t-il eu cette envie-là, comme il l'a évoqué à demi-mot dans un reportage. Mais Véronique Poulain est très claire sur ce point. "Je me suis construite en sachant que mes parents ne pouvaient pas m'aider", dit-elle notamment à propos de l'école, "mais je n'aurais pas voulu être sourde pour autant. J'aime trop la musique, les mots et la langue française", affirme-t-elle. Véronique Poulain n'est pas "sûre" que le film puisse la toucher comme nous tous. "Ce qui marche sur le public, c'est toute cette émotion d'une fille avec des parents sourds, toute cette problématique que j'ai eu… Et je ne suis pas sûre que ça va me toucher comme ça va vous toucher vous." Mais elle va aller voir La famille bélier en salle.