L’affaire Olivier Py devient politique

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L’affaire Olivier Py devient politique
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Son remplacement par Luc Bondy à la tête du théâtre de l’Odéon suscite de vives réactions.

En annonçant le remplacement d’Olivier Py à la tête de l'Odéon-Théâtre de l'Europe, Frédéric Mitterrand ne s’attendait peut-être pas à un tel tollé. Le ministre de la Culture a en effet décidé de débarquer celui qui dirigeait ce haut-lieu culturel depuis 2007 dès la fin de son premier mandat, en 2012, et de le remplacer par le Suisse Luc Bondy. Un choix qui a suscité une polémique dans les milieux de la culture, des médias, mais aussi la politique, qui saluent un bon bilan.

C'est la première fois qu'un directeur du théâtre de l'Odéon n'est pas reconduit pour un second mandat. Olivier Py, 45 ans, partira donc en mars 2012, date à laquelle il sera remplacé par le directeur du Festival de Vienne, dont la nomination doit être validée par le président de la République.

Et le procédé a de quoi étonner : pour la première fois, une nomination est annoncée par communiqué, par un ministre, avant validation. Le directeur d’un théâtre national doit, normalement, être nommé sur proposition d’un ministre, par le président de la République, en conseil des ministres.

"Le fait du prince", selon Aubry

Lundi, l’affaire est devenue politique avec la réaction de la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry. Elle s’est insurgée dans un communiqué contre une "décision incompréhensible" du ministère de la Culture relevant "du fait du prince". Elle estime que cette décision est "caractéristique du mépris et de l’arbitraire avec lesquels ce gouvernement traite ceux qui n’ont pas le bonheur de lui plaire".
Elle a fait part à Olivier Py de la "sympathie" et du "soutien" du Parti socialiste.

Auteuil et Chéreau regrettent cette décision

Les réactions du monde de la culture n’avaient, elles, pas tardé. "Virer quelqu'un comme cela, sans concertation, surtout quand il n'a pas démérité, c'est choquant. La méthode est détestable", a ainsi jugé le metteur en scène Patrice Chéreau.

Daniel Auteuil, qui a travaillé avec Olivier Py, regrette, lui, le départ "d'un formidable souffle apporté au théâtre de l'Odéon".

D’après une information du Figaro, Claire Chazal a également apporté son soutien à Olivier Py. La présentatrice du journal de TF1, membre du Conseil d'administration du Théâtre de l'Odéon, a ainsi signé une lettre ouverte avec le metteur en scène Jean-Pierre Vincent et Martine Tridde-Mazloum de la Fondation BNP Paribas.

Olivier Py défend son bilan

Remercié de manière inattendue, Olivier Py a contre-attaqué et défendu son bilan, un "beau cadeau" dont une large subvention européenne laissée à son successeur Luc Bondy, qui, dit-il, "va avoir les moyens de travailler".

"C'est une surprise totale (...). En général un deuxième mandat est pratiquement automatique, sauf en cas de dysfonctionnement grave, donc j'étais tout à fait confiant", a lancé Olivier Py. "Je suis viré pour avoir réussi (...) J'avoue ne pas comprendre", ajoute-t-il.

"Je suis fier de mon bilan. Je ne le dis pas simplement pour moi mais pour mes équipes qui ont mené cette maison à un endroit où elle n'était pas. Le taux de fréquentation est optimal - 82% -, 10.000 abonnés, 150.000 spectateurs avec des œuvres exigeantes", s’est défendu le metteur-en-scène, en tournée dans des lycées du Sud de la France où il présente "Les Perses" d'Eschyle. "C'est bien cela mon idée du théâtre populaire : amener un public large et diversifié socialement à des oeuvres exigeantes", ajoute-t-il.