Jean-Marie Rouart : "Je suis un exilé du désir"

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Invité d'Isabelle Morizet, l'académicien a raconté sa grande passion pour la littérature. Il vient de publier un roman qui interroge sur le désir, au moment où l'on vieillit.

INTERVIEW

La réalité embête profondément Jean-Marie Rouart. "J'ai horreur du monde véritable", glisse l'Académicien, qui vient de publier un nouveau roman, Une jeunesse perdue chez Gallimard. Il préfère les grandes choses de la vie, l'art au premier chef et la littérature en particulier, que ce soit pour écrire ou pour lire. Invité dans Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, l'écrivain a retracé son parcours. 

L'âge et le désir. A 73 ans, son dernier roman s'attaque aux affres de l'âge. Cet ouvrage pose deux questions : a-t-on droit au désir quand on est âgé ? Et peut-on être encore désiré ? "Je crois que c'est une tragédie que tout le monde connait. A partir d'un certain âge, et je ne sais pas quel âge, je n'en ai pas donné à mon narrateur, les femmes ne me regardent plus de la même façon, d'ailleurs elles ne me regardent plus du tout, je suis un exilé du désir", explique le romancier, mélangeant inconsciemment sa propre personne à son personnage.

La littérature pour exprimer ses sentiments. "Ce vieillissement se raccroche à l'amour et l'amour s'enfuit de plus en plus. C'est vraiment toutes les données d'une tragédie. Au moment où on a tellement besoin de voir une jeune femme qui vous aime, vous désire, il y a de moins en moins de jeunes femmes qui s'intéressent à vous (...) Sur le plan sentimental, affectif, sexuel, on est le même. On regarde toujours les filles. Mon personnage voit sous les jupes les porte-jarretelles, il est excité comme un fou", ajoute-t-il en poursuivant le mélange entre roman et réalité. Il l'admet : "Ce qui est merveilleux dans la littérature, c'est que par le truchement de personnages, on peut exprimer ce que l'on ressent."

"Sur le plan sentimental, affectif, sexuel, on est le même. On regarde toujours les filles." 

Jamais marié et sans descendance, l'amour et la littérature sont les grands axes de sa vie. C'est cette dernière qui lui a finalement offert des "enfants", ses livres. Le grand privilège d'un écrivain est selon lui de pouvoir "transformer la souffrance", la transcender par le roman en créant un lien fraternel avec le lecteur "qui va aider à passer le cap". Né dans une familles d'artistes, il n'a pas choisi la peinture comme son père Augustin Rouart, reconnu tardivement. Mais lui qui a reçu les prix Renaudot et Interallié a ausi dû parfois attendre le succès.

Son complice, Jean d'Ormesson. "Ce qui a été essentiel, c'était d’écrire mon premier roman La fuite en Pologne en 1974." Cette publication fait office de seconde naissance pour l'écrivain, qui a attendu douze ans avant d'être publié, après le refus de son premier manuscrit par treize éditeurs. Un moment qu'il qualifie, "d'atroce. Ça me rappelle les pires souvenirs de mon existence", avoue-t-il. Pour entrer à l'Académie, il a dû se présenter cinq fois, "comme Victor Hugo", ajoute-t-il. Devenir immortel en habit vert n'avait pas de caractère essentiel mais il en retire un "immense plaisir", trouvant très"romanesque" d'avoir rejoint cette famille littéraire. Quand on lui parle de grand projet, l'écrivain revient à sa priorité : l'écriture. Ecrire, toujours et partout, au café, comme à sa maison du cap Corse, un endroit qu'il aime autant que son complice Jean d'Ormesson, rencontré quand il avait 18 ans.