Jacques Weber : "Je suis très loin du cinéma parce que je n’ai pas su éveiller le désir"

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L'acteur de 68 ans a confié à Isabelle Morizet avoir une furieuse envie de se tourner vers le cinéma "dans le troisième temps" de sa vie.

INTERVIEW

A sa carrière d'acteur, Jacques Weber a ajouté celle d'écrivain. Son dernier livre, Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu, inspiré de la correspondance de Flaubert, vient de sortir. Mais c'est sur sa "principale" carrière, résolument tournée vers le théâtre plus que vers le 7e art, que l'acteur s'est confié dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie. Plus que jamais, il évoque désormais son envie de se confronter à la caméra.

"Le succès est redoutable". Tout avait commencé fort. A 22 ans, Jacques Weber sortait du conservatoire national d’art dramatique de Paris avec un prix d’excellence, reçu à l’unanimité. Dans la foulée, il refuse la Comédie française. "J’étais un enfant de 68. La Comédie française représentait le théâtre de droite. C’était complètement crétin", dit-il aujourd'hui. Peu importe. Sa carrière décolle mais à chaque fois qu'il s'est trouvé près du sommet, il s'est mis à reculer : il a quitté la troupe de Robert Hossein en pleine gloire, a dit non à Gérard Oury pour jouer dans Rabbi Jacob. Pis, en plein triomphe de Cyrano au théâtre, sa voix disparaît.

Il explique ces phénomènes : "Le succès est une chose tout à fait redoutable, qui vous remet en question totalement, surtout si vous exécutez un rêve d’enfant, ce qui a été le cas pour moi. J’avais rêvé d’être Monte-Cristo, j’ai été Monte-Cristo. J’ai fait Bel-Ami. Tout me tombait rôti dans le bec et ça m’éduquait mal parce que tout me semblait simple et facile. Et puis, il y a eu Cyrano, et tous les problèmes qui n’étaient pas réglés ont explosé. J’ai traversé difficilement une phobie vocale. C’est absolument psychique."

"Le désir n'a pas été suffisamment fort". Néanmoins, il a toujours gardé un pied au théâtre, et sera bientôt sur les planches dans Tartuffe avec Pierre Arditi. Le théâtre plutôt que le cinéma ? Là encore, l'acteur de 68 ans tente une explication : "Je suis très loin du cinéma parce que je n’ai pas su, pour mille et une raisons - de présence cinématographique, de regards, de corps, de façon de jouer, d’emploi du temps – éveiller le désir. Si le désir est très fort, la trajectoire du cinéma se met en place", assure-t-il, avant de conclure que, pour lui, "le désir n'a pas été suffisamment fort". S'y est aussi ajouté une carrière de direction de théâtres pendant 21 ans. "Il se pourrait que certains aient cru que je destinais ma carrière à cela. Je suis libre, maintenant je me sens beaucoup mieux, plus à même d’être à nu devant une caméra."

"La caméra, il se pourrait que je la désire fortement". L'envie de grand écran est désormais perceptible. Il l'avoue sans ambages : ne pas avoir été dirigé au cinéma est un regret. "J’ai été servi, j’ai fait de très belles choses – avec Costa-Gavras, Rappenau, Boisset… - mais après, quelque chose s’est un petit peu arrêté. Si ça revient dans le troisième temps de ma vie, j’en serai heureux. Je n'étais peut-être pas non plus en état de désirer suffisamment la caméra. Un jour, Depardieu m’en a parlé comme d’une femme, ça m’a beaucoup troublé. Pour moi, c’était un IRM. Si vous ne la désirez pas, peut-être qu’elle ne vous désire pas. Maintenant, il se pourrait que je la désire fortement."