IAM fait revivre "la part de rêve assassinée"

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Le groupe de hip hop était invité dans "Europe 1 Music Club" pour la sortie de "Rêvolution" leur nouvel album studio. Ils revendiquent rêve, plaisir et partage.

INTERVIEW

La musique est une "vieille histoire" pour IAM. Ils commencent en 1988 avec une cassette "Concept" qui leur permet de faire la première partie de Jean-Louis Aubert à Marseille. C'est grâce à cette cassette qu'ils signent leur premier contrat. Leur album ...de La planète Mars suit en 1991. Il y aura ensuite six albums studios, et un septième Rêvolution, leur nouvel album de dix-neuf titres, sorti le 3 mars. Un opus qui fait la part belle au rêve. Le groupe était l'invité du Europe 1 Music Club, samedi, pour le présenter.

Le rêve contre le diktat du concret. Si l’album s’appelle Rêvolution, avec un accent circonflexe, c'est pour pour souligner qu’ils parlent d’une révolution par les rêves. "On en est là parce que c’est une nécessité. La part de rêve a été assassinée. Dès l’école, on nous apprend à être pragmatiques. Il n’y a pas de motivation, pas d’encouragement. Des grands peuples, les Aborigènes d’Australie, les indiens d’Amérique ont le monde du rêve dans leur histoire, leurs traditions. C’est quelque chose qui est important et nous sur le Vieux-continent, on a piétiné ces rêves-là à force d’avancer dans les années. On est toujours en train de dire oui pour être dans le monde du futur, ancré dans le concret."

"On a mis des années à être un bon en communication". Le rêve, c’est aussi un des points de départ du groupe. "Même maintenant, on continue encore à rêver. Dans le rêve, il y a cette naïveté qui fait que tu peux t’émerveiller de tout, à la place d’être blasé de tout, comme beaucoup de gens à l’heure actuelle." Dans l'actualité marquée par les drames, les attentats, "on s’aperçoit que les bons sentiments, on en aurait bien besoin et que c’est pas si cucul que ça", plaide le groupe, qui ne boude pas non plus la notion de plaisir. "Beaucoup de personnes demandent la raison pour laquelle on a fait cet album, et c’est presque inaudible de dire que c’est parce qu’on s’éclate. Il faut presque donner une raison marketing. On a mis des années à être bon en communication. C’est notre défaut. On montait sur scène et on ne jouait que des morceaux inédits", se remémorent les membres du groupe.

Plus de filles que dans les années 90. Mais le temps n'a pas fait qu'éloigner les rêves, il a aussi permis une transmission de leur musique de génération en génération. "On s’en rend compte surtout sur la route. C’est vrai que c’est gratifiant de voir qu’on a été jugé dignes d’être transmis. Il y a aussi beaucoup plus de filles que dans les années 90", notent-ils. "Au niveau des couches sociales, aussi, on regarde la foule et on se dit, ça marche en concert, pourquoi ça ne marcherait pas tous les jours dans la société ? Il faut plus de culture dans le monde où on vit. La seule décision politique qui peut être bien, c’est que la politique appuie la culture, notamment dans les quartiers."

Jouer collectif. Eux, un peu "vieux de la vieille", ont réussi à jouer collectif. Akhenaton, Shurik'n, Kheops, Kephren et Imhotep sont toujours soudés. Ce qui les a fait tenir ? "La passion. On a toujours cet amour pour notre musique, une bonne instru', l’envie d’écrire et la façon de la diffuser. Et on est des amis d’adolescence. On rigole beaucoup." Ils se différencient en ce sens de Maître Gims, par exemple, ou de Nekfeu, issus aussi de collectifs mais qui jouent l’individualisme. "Ce sont des produits de la société dans laquelle on vit. Cette société est cynique et individualiste. Le rap a une faculté de s’adapter et de ressembler au monde dans lequel il vit." Le groupe fait un parallèle avec les réseaux sociaux, qui "n’ont mis en réseau personne et ont isolé les gens qui sont en représentation personnelle et créent leur spectacle au quotidien sur leur page Facebook."

Partage. Pour eux, le hip hop reste du partage. C'est d'ailleurs comme ça qu'ils ont conçu leur album, en mixant les influences. Ils sont passés par le sud-est asiatique pour enregistrer avec des musiciens du cru, qui jouent du molam, une musique traditionnelle qui trouve son berceau entre le Laos et la Thaïlande. Ils sont aussi passés par New York pour retrouver leur ingénieur du son Prince Charles Alexander, l'inspiration et l’atmosphère de la ville. Le partage, ce sera aussi avec leur public. En juillet, ils seront au festival Lollapalooza, avant une tournée qui débutera en novembre. Il faut donc s'attendre à les voir sur les routes jusqu'à l'été 2018, pour une nouvelle boucle de festivals.