Francis Veber : "On fait une carrière sur des non"

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Parce que son père voulait qu'il fasse un métier qui rapporte, Francis Veber est arrivé à l'écriture après bien des détours. Puis il a consacré la plus grande partie de sa vie à sa passion.

INTERVIEW

Quand il écrit ses mémoires, Francis Veber commence comme ça : "Je suis né à Neuilly d’un père juif et d’une mère arménienne, deux génocides, deux murs des lamentations dans le sang, tout pour faire un comique." Le rire, qui traverse ses pièces de théâtre et ses films tels que Le grand blond avec une chaussure noire ou Le dîner de cons, est donc arrivé "par réaction". Mais cette réaction par l'écriture est arrivée de manière tardive, a expliqué le cinéaste qui était invité samedi de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans le vie.

Un métier avec "un fixe". Son père victime des deux guerres, qu'il a "surtout connu en pyjama au fond de l’appartement", lui disait de ne surtout pas écrire. "Ça ne rapporte rien", lui disait-il. Sa mère enchaînait les romans de gare, "un par mois pour entretenir trois enfants", et "tapait à la machine toute la journée". Pourtant, dans la lignée de Francis Veber, il y a quatorze écrivains dans la famille : son grand-père Pierre Veber auteur de pièces, son grand-oncle Tristan Bernard, et même son père Pierre-Gilles Veber, auteur de Fanfan la tulipe.

Mais ce père veut que son fils fasse un métier "avec un fixe". Alors Francis Veber qui avait toujours eu la tentation d'écrire pour échapper au réel et aux disputes de ses parents unis par raison, s'inscrit en médecine. Il fait quatre années d'étude : "deux ans de première année et deux ans de deuxième année" puis devient laborieusement journaliste, se fait virer et se met à écrire, terrorisé : "on fait une carrière sur des non, pas sur des oui".

Il écrit sa première pièce en cachette. Il écrit sa première de théâtre, L’enlèvement, sans le dire à son père, "comme on fume une cigarette dans les WC quand on est jeune". Bien lui en a pris, lui qui a compilé une carrière de succès et rendu culte le personnage de François Pignon. S'il réfléchit à un nouveau film, c'est sur les planches qu'il revient dès le 19 janvier, au Théâtre des Nouveautés pour la pièce, Un animal de compagniel'histoire d'un couple marié depuis 20 ans, lui journaliste, elle décoratrice. Lui voulait un enfant, elle voulait privilégier sa carrière. Quand elle accepte de fonder une famille, il est trop tard. Elle demande un yorkshire. Le mari qui a du ressentiment revient avec un poisson rouge. Et le poisson prend petit à petit une grande place, voire devient un sujet de litige.

Un possible nouveau succès en perspective. A regarder son parcours personnel, il regrette une chose : "de ne pas avoir privilégié... la vie, mais je n’aurais pas pu écrire 31 films et 6 pièces de théâtre".