Fauve, le "spleen" musical dopé à l'Internet

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Fauve, le "spleen" musical dopé à l'Internet
Fauve, dont le symbole est celui de la différence, est un collectif donc les membres n'aiment pas être pris en photo.@ Maxppp
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PHENOMENE - Le collectif musical qui séduit la jeunesse depuis des mois sort son premier album lundi. Qui sont-ils ?

L’INFO. Vous n’en avez peut-être pas encore entendu leur musique, pourtant leurs concerts affichent complets partout en France. Fauve, un collectif d’artistes français notamment connu pour sa musique, minimaliste et profonde, sort lundi son premier album “Vieux frère”. En un peu plus d’un an, ses membres sont devenus la nouvelle coqueluche des 15-25 ans. Leurs textes, durs et touchant, font écho à un désespoir, non pas social, mais plutôt sentimental. Après avoir enflammé le célèbre festival de musique des Eurockéennes de Belfort à l’été 2013, leurs chansons ont été visionnées des centaines de milliers de fois sur Internet. Les critiques, dithyrambiques, parlent du phénomène musical du moment. Europe1.fr fait les présentations.

Qui est Fauve ?

Collectif aujourd’hui composé d’une vingtaine de personnes, Fauve est à la base créé par trois amis entre 2010 et 2011. A leur entrée dans la vie active, ces jeunes d’environ 25 ans, qui se connaissent depuis une dizaine d’années, ont besoin d’évacuer leur mal-être dans la musique. “On a pas fait une crise d’ado, mais il y a eu une sorte de craquage au passage à la vie adulte. C’était une période pas très drôle”, expliquent les membres du noyau dur du collectif à Europe 1.

Ensemble, ils plaquent leur travail et travaillent sur un projet, Fauve, dans lequel ils comptent livrer leurs “frustrations du quotidien” et leurs “angoisses face à l’avenir”. “On s’est mis ensemble pour qu’on ne se pose aucune question. La seule chose qui compte, c’est le fait de dire des choses ensemble, de se serrer un peu les coudes parce qu’on traverse les mêmes trucs”, se rappellent-ils.



Quel est leur parcours ?

Sans ambition particulière, le collectif commence alors à produire des chansons et les diffuse sur Internet. Les réseaux sociaux bruissent de leur musique en 2011 et progressivement, les membres de Fauve se font une renommée.

L’année 2013 est celle du passage dans une autre dimension. Le collectif produit son premier EP, six chansons, chroniques d’une jeunesse qui se cherche. Y apparaît “Le Blizzard”, concept fort de la musique du groupe, sorte de “spleen” du XXIème siècle. “C’est Baudelaire, mais post-révolution sexuelle”, confirme Monique Dagnaud, chercheuse au CNRS et spécialiste de la jeunesse et des médias. A l’automne 2013, elle avait rencontré les membres du collectif afin de mieux comprendre les raisons d’un succès, largement soutenu par les critiques.



Quel type de musique jouent-ils ?

Sans être indéfinissable, la musique du collectif est très particulière. C’est une forme de chanson française minimaliste aux textes transcendants. Les paroles, slamées plus que chantées, claquent sur un rock léger et mélodique.

“Le besoin de parler plutôt que de faire des mélodies ou des rimes s’est imposé parce qu’on avait trop besoin d’évacuer, concèdent les membres du collectif. On écrivait des textes fleuves, comme des séances de thérapie. Ensuite, il fallait élaguer, mettre en forme. On s’est mis à parler pour voir et ça a fonctionné. Le nom Fauve est arrivé à ce moment là”.

Les textes sont scandés, parfois comme des prières, des incantations. “Selon eux, dans ce monde bizarre, il y a quand même quelque chose dans laquelle on peut croire, c’est l’amour. C’est à la fois extrêmement banal de dire ça, mais presque en décalage avec la société française. Il y a un désespoir positif”, ajoute Monique Dagnand.



Pourquoi leur musique plaît-elle aux jeunes ?

Fauve est peu passé à la télé, et jusqu’à récemment, leur nom avait seulement été évoqué dans les médias spécialisés. Issus de la classe moyenne supérieure, les membres du collectif n’ont jamais eu de problème sociaux et leurs textes n’abordent pas les thèmes chers à la chanson française, au rock ou au rap : la misère sociale, le chômage ou les inégalités.

Pourtant, tout le monde écoute leur musique désormais. Selon la sociologue, leur succès s’explique donc par le fait que les problématiques qu’ils abordent touchent tout le monde et dépassent les classes sociales. Si le collectif a autant de succès, c’est donc justement parce qu’il aborde des thématiques intimes rarement évoquées dans la chanson. “Ils parlent beaucoup de leurs relations avec les filles, de leur identité masculine, mais aussi de la pornographie, des difficultés dans les rapports hommes-femmes”, ajoute Monique Dagnand.



Quel avenir pour leur musique ?

Lundi, le collectif sort son premier album, “Vieux Frère”, autoproduit, qui est l’aboutissement de nombreux mois de travail au sein du collectif et sera suivi rapidement d’un autre album. “On sait que l’album nous est fidèle, qu’il nous ressemble. Il est à notre image, totalement imparfait, c’est pour ça qu’on en est fier”, confirment les membres du collectif.

Depuis leurs premières chansons et les difficultés des débuts, le collectif a avancé. “L’album raconte cette histoire, cette sortie du tunnel qui s’étale sur deux ans”, ajoutent-ils. Une histoire qui a amélioré leur vie, mais qui ne leur enlève pas leurs difficultés. “La vie reste la vie. La vraie vie, ce n’est pas être heureux. Fauve améliore certaines choses pour nous, mais ça n’a pas d’emprise sur les autres”, concluent-ils.



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