Depardon, un "cousin", un "fantasme"

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Depardon, un "cousin", un "fantasme"
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Regards croisés de deux photographes sur le travail de Raymond Depardon, exposé à la BNF.

Raymond Depardon a passé cinq ans à sillonner la France "du Tour de France, des ronds-points et des villages ou moyennes villes, avec des petites zones industrielles ou urbaines qui se ressemblent toutes". Avec son œil de photographe devenu une référence.

Alors que s’ouvre l’exposition La France de Raymond Depardon à la Bibliothèque nationale de France, Europe1.fr a demandé à deux photographes, de deux générations différentes, de porter un regard croisé sur son travail. Xavier Lambours, qui a croisé entre autres Raymond Depardon au quotidien Libération, et Arno Brignon, un des jeunes lauréats de la Bourse du Talent 2009, ont accepté de jouer le jeu. Et de choisir leur cliché préféré.

Depardon, "un cousin"

La France de Raymond Depardon. 460400 maison

© Raymond Depardon / Magnum photos / CNAP





Le choix de Xavier Lambours. "Cette photo, c’est presque du ‘Photoshop’. La maison toute seule est incongrue, on dirait qu’elle a été posée là, qu’elle pourrait ne pas être là. Cette photo est très drôle en fait. J’y retrouve des lumières qui me rappellent le Nord où j’ai travaillé. Si j’étais passé devant cette maison, je me serais arrêté aussi. Je m’y retrouve, comme dans un miroir. Depardon, c’est un cousin".

La rencontre. "On s’est rencontrés plusieurs fois, notamment dans les années 90. Je préparais un voyage au Vietnam, il m’a donné une carte avec des indications. On a alors fait un échange de photos : il m’a offert un de ses clichés et à mon retour, je lui en ai donné un".

Depardon, une référence ? "Ce n’est pas quelqu’un qui m’a inspiré, question de génération. Mais c’est quelqu’un que j’ai admiré, qui m’a impressionné. Il fait des séries répétitives, il n’y a pas une photo extraordinaire, il n’est pas du tout spectaculaire. Mais il a un regard".

Depardon agaçant ? "C’est vrai qu’il irrite pas mal de photographes (rires). Mais il a surtout de la chance d’avoir des commandes très intéressantes. Et il a le talent pour les faire".

Depardon, un "fantasme"





La France de Raymond Depardon. 460400 place

© Raymond Depardon / Magnum photos / CNAP





Le choix d'Arno Brignon. "Cette place de village, c’est la France telle qu’on la connaît tous. Mais ce n’est pas pittoresque, c’est la normalité, sans juger. Depardon a la distance qu’il faut, comme toujours. Et c’est ce qu’il y a de plus difficile à trouver pour un photographe".

La rencontre. "Quand j’avais 25 ans, j’ai commencé à acheter ses livres sur l’Afrique, sur le désert, qui m’ont fasciné et qui m’ont donné envie de faire de la photographie. Il représente le photographe très romantique, une sorte de Hugo Pratt [le créateur de Corto Maltese, NDLR]. C’est un rêve, un fantasme de pouvoir travailler comme ça".

Depardon, une référence ? "Depardon, comme photographe, a fait partie de mes références à mes débuts. Maintenant, je le préfère cinéaste. Mais il a nourri mon imaginaire. Sa construction de l’image est assez magique : c’est très simple mais efficace, on est tout de suite dedans. Il y a une humanité qui ressort et un regard toujours juste. Ça reste un pilier de la photo".

Depardon agaçant ? "J’aime moins ses dernières photos, qui sont peut-être à la mode mais où il y a plus de distance".