Danièle Thompson : "J’ai vu mes parents galérer, attendre le coup de fil de l’agent"

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L'enfance de la réalisatrice, baignée dans la vie artistique, resurgit dans son dernier film, qui explore l'histoire d'amitié brisée entre Cézanne et Zola.

INTERVIEW

Elle aurait pu être actrice comme sa mère, Jacqueline Roman, et son père, Gérard Oury, passé ensuite à la réalisation. Finalement, Danièle Thompson a plutôt suivi l'évolution paternelle en devenant scénariste et réalisatrice. Son dernier film, Cézanne et moi, sort dans les salles le 21 septembre. Pour en parler et retracer son parcours, elle était l'invitée d'Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

Elle vivait dans une chambre d'hôtel. Fille de la balle, elle évite pourtant de passer devant la caméra. "J’ai vu mes parents galérer, attendre le coup de fil de l’agent", dit-elle, ce qui fait que même en ayant eu l'envie de devenir comédienne, elle dit avoir été "guérie avant de tomber dans la maladie". Danièle Thompson naît en 1942, à Monaco où ses parents "sont un peu réfugiés". Après la guerre, la famille vit dans une chambre d’hôtel en face de la Comédie française, où son père était entré en 1939. Ils ne déménagent qu’en 1949. "C’était une immense joie de se retrouver dans un vrai appartement, même s’il était assez moche." Fille unique "qu'on baladait partout", elle se rappelle de ses parents comme "un couple fusionnel", vivant, des parents qui s’étaient rencontrés à 18 et 19 ans et qui se disputaient beaucoup.

Les 60's à New York. En 1960, le couple est séparé. Gérard Oury réalise son premier film et Danièle part avec sa mère aux États-Unis. "L’Amérique représentait quelque chose d’extraordinaire" dans une France encore dans l'après-guerre. Elle tombe amoureuse, se marie et a vite deux enfants. Mais elle revient en France de temps à autre et travaille avec son père, notamment sur Le Corniaud, La grande vadrouille, Le Cerveau…  Danièle Thompson se partage alors entre une vie de famille à New York et des moments de travail au cinéma. En 1976, grâce au scénario de Cousin, cousine, qu’elle a coécrit, elle est nommée aux Oscars et intègre l’Académie. La Boum de Claude Pinoteau, dont elle écrit le scénario, est un tournant dans sa carrière. La Reine Margot est un autre de ses scénarios majeurs.

Les artistes et sa grand-mère. Pour son dernier film, Danièle Thompson a sans doute puisé plus loin dans ses racines familiales et notamment du côté de sa grand-mère paternelle, qui côtoyait des peintres comme Raoul Dufy ou Marie Laurencin. Une grand-mère qui "était assez dans l’air de son temps, les années 1920". Élevée comme une bourgeoise, son aïeule se "retrouve sur le carreau après un divorce difficile" et va "frapper à la porte de Paul Poiret", le grand couturier. Grâce à lui, elle a découvert l’univers extraordinaire de tous ces artistes des années 20.

Cézanne et Zola au cinéma. Cette enfance baignée d'artistes a sans doute participé au choix du nouveau film de Danièle Thompson, qui conte l’amitié folle et vénéneuse entre Paul Cézanne et Émile Zola, campés par Guillaume Gallienne et Guillaume Canet. L’un écrivain, l’autre peintre, pas de rivalité immédiate. Ils n’ont pas non plus la même classe sociale, Cézanne est élevé dans un certain luxe, quand Zola est orphelin. Ces différences, dépassées à l'adolescences, séparent à l'âge adulte. Zola aspire à une vie bourgeoise, humaniste, quand Cézanne se marginalise et s’enferme dans sa peinture. L'histoire d'une vie d'amitié jusqu'à la rupture, qui a demandé près de trois ans pour renaître au cinéma.