Comment l’assassinat de JFK nous a fait entrer dans "l'ère du soupçon"

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Sur Europe 1, l'historien et critique de cinéma Jean-Baptiste Thoret explique comment l'assassinat de l'ancien président américain a profondément influencé notre culture des images.

INTERVIEW

Vingt-six secondes pour un petit film tourné par Abraham Zapruder un jour de novembre 1963. Sur l'instant, ce jeune tailleur de 26 ans ne savait pas qu'il venait de capturer une des séquences les plus saisissantes de l'histoire : l'assassinat de John F. Kennedy, 35e président des Etats-Unis. Dans Europe 1 social club, l'historien et critique de cinéma Jean-Baptiste Thoret explique comment cette séquence a influencé l'histoire du cinéma américain et notre culture des images en général.

"Une vérité de l'événement qui n'apparaît pas". "D'un point de vue de l'histoire cinématographique et des images, il y a un moment incroyable dans l'histoire des Etats-Unis qui est l'assassinat de Kennedy", indique en préambule l'essayiste. À travers cette séquence qui capture l'assassinat de John F. Kennedy, Jean-Baptiste Thoret constate un paradoxe. "Il y a un mélange entre un événement historique majeur et en même temps, une vérité de l'événement qui n'apparaît pas, à savoir qui a tué Kennedy", analyse l'historien du cinéma.

"Ce petit film va alimenter les théories du complot". Analysées, détaillées, scrutées sur toutes les coutures, les images ont été vues et décryptées des milliers de fois. Mais problème, "plutôt que de résoudre le mystère, (...) ce petit film va alimenter les théories du complot", rappelle Jean-Baptiste Thoret. "Certains vont accuser le film d'être manipulé, le FBI d'avoir truqué les images, que la tache de sang est un effet spécial", décrit le critique de cinéma.

"C'est là qu'on va entrer dans ce que Nathalie Sarraute appelait 'l'ère du soupçon'", explique-t-il. "On est passé de l'ère de la pleine croyance, à une ère où l'on doute de ce que l'on voit. (...) Nous ne sommes jamais sortis de cette ère là", affirme le spécialiste. Selon Jean-Baptiste Thoret, "les théories complotistes ne sont que la queue de comète de ce qui est né en 1963".

Un choc aussi pour le cinéma. Pour le septième art aussi, ces images d'un président le crâne fendu et cervelle visible, ont été un traumatisme. "À partir de la fin des années 1960, le cinéma américain va s'employer, par la fiction, à résoudre les manques de l'assassinat de Kennedy. (...) La violence va s'inviter sur les écrans américains", retrace Jean-Baptiste Thoret. Bonnie and Clyde (1967) d'Arthur Penn, Voyage au bout de l’enfer (1978) de Michael Cimino ou encore Blow out (1981) de Brian de Palma, autant de longs-métrages qui retravaillent, consciemment ou inconsciemment, ce film amateur d'un tailleur de 26 ans.