Cinéma : "L'homme aux mille visages", "The Young Lady" et "Sous le même toit", trois films à l’épreuve des critiques

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Chaque dimanche, Mathieu Charrier et Bruno Cras critiquent des films récents, accompagnés de confrères journalistes. Verdict !  

L'AVIS DE

Quel(s) film(s) aller voir cette semaine ? Les deux spécialistes cinéma d'Europe 1, Mathieu Charrier et Bruno Cras, accompagnés cette semaine de Stéphanie Belpeche du Journal du dimanche et de Baptiste Liger de Lire, L’Express et Technikart, livrent leurs impressions sur trois sorties cinéma, dans l'émission Un dimanche de cinéma. Sur le gril : The young Lady de William Oldroyd, L'homme aux milles visages d'Alberto Rodriguez et Sous le même toit de Dominique Farrugia.

  • L'homme aux mille visages d'Alberto Rodriguez, en salles depuis le 12 avril

Le pitch : "C'est l'histoire d'un ex agent secret qui est engagé par son gouvernement pour enquêter sur un détournement de fonds. Mais il en profite pour se venger de ce gouvernement par lequel il a été trahi par le passé."

L'avis de Mathieu Charrier : "C'est un enchaînement de petites histoires dans l'histoire. Je trouve ce film très intéressant. C'est un polar à la mode espagnole qui dure un peu plus de deux heures, qui est tiré d'une histoire vraie. Le manipulateur principal vit encore à Paris après avoir vécu dans la clandestinité pendant 20 ans. Il y a une ambiance, un grain de l'image. On est dans les années 70-80, il y a les costumes de l'époque. Lui est formidable parce qu'il roule tout le monde. Ça a un petit côté Arrête-moi si tu peux à l'espagnole."

L'avis de Stéphanie Belpeche : "...En version un peu plus lente alors. J'ai mis au moins 40 minutes avant d'entrer dans le film. Il y a une multiplication des récits, des personnages. C'est un peu les poupées russes. Il y a une densité, une opacité et un rythme assez lent. Ce n'est pas du tout trépident. Je n'ai pas trouvé qu'il y avait de l'émotion. Certes l'intrigue est passionnante, mais dans la forme, je me suis ennuyée et je le regrette. J'aurais voulu vibrer."

L'avis de Baptiste Liger : "L'histoire est complexe et si on veut être honnête par rapport aux faits réels, ça demande un temps d'installation un peu long. Après, c'est un vrai bonheur. Il y a même un côté Ocean's eleven dans cette histoire d'escroquerie, d'arnaque et de manipulation. Il y a une vraie qualité de reconstitution. Le film se passe en Espagne dans les années 80 mais correspond à des préoccupations françaises contemporaines, jusqu'au plan final. C'est du bon travail, un vrai plaisir de cinéma, un scénario assez brillant même s'il faut s'accrocher.

VERDICT : Intéressant. Bémols : un film complexe au rythme parfois lent.


Le pitch : "Delphine et Yvan (Louise Bourgoin et Gilles Lellouche) divorcent. Yvan quitte le foyer familial, galère, passe même une nuit sous les ponts et rentre à la maison en décrétant qu'il possède 20% de la maison et qu'il souhaite les occuper. Une cohabitation forcée se met en place avec leurs deux enfants au milieu. Farrugia en fait une comédie."

L'avis de Stéphanie Belpeche : "Ça sonnait faux du début jusqu'à la fin. Il y avait un excellent film avec Cédric Khan, L'économie du couple, sur le même sujet sociétal (mais dans une version dramatique). Les couples séparés obligés de vivre sous le même toit pour raison économique, ça existe. Sauf que là, on n'a que des situations invraisemblables. Gilles Lellouche fait beaucoup d'efforts. Il essaye d'emplir l'espace et ça se voit. J'ai trouvé ça ni cohérent, ni crédible, ni drôle. J'ai trouvé ça vide. Il y a pas mal de clichés et de longueurs."

L'avis de Bruno Cras : "Je n'ai pas été totalement convaincu. Il y a des situations drôles, j'aime bien les acteurs mais on sent que ça aurait pu être super drôle ou super méchant."

L'avis de Mathieu Charrier : "Je vous trouve durs. C'est une comédie. Dominique Farrugia apparaît dans une petite scène assez savoureuse."

VERDICT : dispensable.


  • The Young Lady de William Oldroyd, en salles depuis le 12 avril

Le pitch : "Le metteur en scène vient du théâtre shakespearien et ça se voit dans son sous titre Lady Macbeth. On y pense dans le film qui n'a pourtant rien à voir avec la pièce. L'histoire se passe au XIXe siècle dans le nord-est de l'Angleterre. Une femme est mariée de force. L'homme le premier soir lui demande de se mettre nue et il ne la touche pas. Elle va vivre dans une espèce de stupeur jusqu'au jour où son mari va partir, disparaître. Elle va alors être sous le joug de son beau-père et va tomber amoureuse d'un palefrenier. Là, on pense à L'amant de Lady Chatterley."

L'avis de Stéphanie Belpeche : "J'ai beaucoup aimé. C'est un film stupéfiant qui avance masqué. Au début, on a l'impression qu'on est dans une atmosphère assez corsetée comme l'est l'héroïne, qui est très jeune. L'atmosphère est viciée. Il n'y a pas de répit. Le film prend une tangente assez rapidement. De ce huis-clos théâtral, ça devient passionnant de voir comment cette jeune fille va se rebeller contre l'ordre établi et contre la figure de l'autorité incarnée par le beau-père. C'est un film sur la condition féminine et l'émancipation, quelle que soit la méthode."

L'avis de Baptiste Liger : "Un gros coup de cœur non seulement pour le film mais pour cette actrice, Florence Pugh, absolument étonnante. ce sont des débuts remarquables dans ce rôle très complexe. Ce qui pourrait être une fiction historique presque un peu classique frôle le film de genre... quant au genre, je ne vous en dit pas plus. Il y a une vraie tension dans la mise en scène, d'évidentes qualités plastiques et un climat tenu de bout en bout. C'est une vraie réussite."

L'avis de Bruno Cras : "Je reviens sur la qualité plastique alors que le réalisateur a fait ce film avec 600.000 euros seulement. C'est remarquablement fait. On est dans un huis-clos, dans un espèce de château. Les plans fixes de la forêt, de ce cadavre de cheval enterré, etc., c'est magnifique. C'est à deux doigts du chef-d’œuvre parce que je trouve que c'est ça le cinéma : prendre un sujet simple et en faire un tableau magnifique."

VERDICT : quasi chef-d’œuvre.


BONUS : Baptiste Liger conseille Lettres de la guerre d'Ivo M. Ferreira. "Ça nous plonge dans le conflit en Angola au début des années 70. C'est un très beau film en noir et blanc avec, en voix off, la lecture des lettres de l'écrivain portugais Antonio Lobato Nues, dont on dit qu'il serait nobélisable. C'est très beau sur la forme et la plus belle voix-off entendue au cinéma."