Christian Lacroix : "la vie m'angoissait, j'ai essayé de la parer de plumes"

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Christian Lacroix : "la vie m'angoissait, j'ai essayé de la parer de plumes"
Christian Lacroix@ AFP
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COUTURE, LACROIX, MODE, CULTURE - Le couturier Christian Lacroix était l'invité d'Isabelle Morizet dimanche dernier. ll revient sur son parcours, de l'enfance aux costumes de théâtre et d'opéra.

INTERVIEW

Il se rêvait conservateur de musées, il est devenu l'un des plus grands couturiers du 20e siècle pour aujourd'hui signer des costumes d'opéra, de ballet et de théâtre. Actuellement co-commissaire  et co-directeur artistique de l'exposition Lucien Clergue au Grand Palais, Christian Lacroix a retracé son parcours dans l'émission d'Isabelle Morizet Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

"Musées poussiéreux". Avant d'arriver à la création de costumes, Christian Lacroix s'est penché sur l'Histoire de l'art. "C'était le tournant des années 1970 et je pensais avoir fait une grosse erreur en me dirigeant vers les musées pour devenir conservateur. Je voulais réaliser le rêve de mes parents, trouver un moyen terme pour qu'ils soient satisfaits et moi pas mécontent. Mais à l'époque les musées étaient des espaces très morts, très poussiéreux. Les gens étaient installés, les histoires étaient terminées d'avance." 

Futile, la mode ? La couture lui apparaît plus vivante que les musées. "A la fin des défilés, on nous demandait si l'on avait pas honte d'être dans cette bulle parisienne alors qu'en Europe on mourait. Je me défendais beaucoup en disant que dans futilité, il y a utilité. Une part de rêve est terriblement nécessaire." 

Fascination pour le passé. Le couturier a grandi à Arles, au sein d'un gynécée. Il y a sa mère, mais aussi sa grand-mère à qui il fait jouer la dernière journée de Marie-Antoinette. "J'avais une fascination pour le passé, c'était pathologique. Cela a été mon moteur pendant des années et a alimenté toutes mes collections. Mont but était de reconstituer ce qui avait disparu. C'était d'abord dessiner des femmes. Je n'ai pas inventé de lignes et de techniques." Ce qui l'inspire, c'est "le cinéma, le théâtre, l'apparence en fait, tout ce qui était théâtralisé parce que je crois que je n'aimais pas la vie, elle m'angoissait et m'angoisse encore. On essaye de la parer des plumes du paon ou de se donner des illusions même si on en n'est pas dupe. C'est tellement mieux quand c'est beau."

De Patou à la Comédie française. Après être arrivé chez Patou en 1981, Christian Lacroix atteint "un paroxysme" quand il crée "une robe de mariée ethnique, rouge, inspirée des mariées arabes" en sacrifiant une cape de torero. Une robe portée par Madonna. En 1987, il arrive chez LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy), ouvre sa propre maison de haute couture mais cède son nom. "LVMH l'a vendu aux Américains. C'est mon nom mais j'ai beaucoup de difficultés à l'utiliser." Aujourd'hui, il crée essentiellement pour les spectacles, avec réussite. Il obtient un Premier Molière en 1994 avec Phèdre à la Comédie Française. Et un second pour Cyrano de Bergerac en 2007. Il vient par ailleurs de terminer les costumes du Roméo et Juliette de la Comédie française."Vous êtes un couturier heureux", résume Isabelle Morizet. L'artiste fait une pause avant de répondre : "quelquefois oui."


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