Cannes 2018 : le grand retour de Spike Lee ?

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Cannes 2018 : le grand retour de Spike Lee ?
Spike Lee fait son grand retour à Cannes en compétition, 27 ans après "Jungle Fever".@ AFP
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Absent de la compétition depuis 27 ans, le cinéaste américain présente son film "BlacKkKlansman" lundi sur la Croisette.

La dernière fois que Spike Lee est venu au Festival de Cannes pour présenter un de ses films en compétition, c'était en 1991, avec Jungle Fever. Le long-métrage était reparti avec le Prix du meilleur second rôle masculin pour Samuel L. Jackson. 27 ans ont passé depuis. Le cinéaste a perdu un peu de sa superbe, traversant depuis environ dix ans une relative traversée du désert. Cette année, il présente en compétition au Festival de Cannes BlacKkKlansman, l'histoire d'un policier afro-américain qui infiltre le Ku Klux Klan. Le grand retour du réalisateur ?

"Le nouveau cinéma afro-américain". Comme Martin Scorsese, Jim Jarmush ou encore Nagisa Oshima avant lui, Spike Lee est révélé grâce à la Quinzaine des Réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes. En 1986, les festivaliers découvrent Nola Darling n'en fait qu'à sa tête (She's Gotta Have It). 185.000 dollars de budget, des acteurs inconnus mais un vrai succès, bien au-delà du seul tapis rouge cannois. Au total, le film engrange 10 millions de dollars au box-office.

Avec ce premier film, Spike Lee imprime sa marque de fabrique. Il donne à voir les ghettos noirs de New York, ceux dont le cinéma américain ne parle pas. Un credo qu'il ne lâchera jamais. Le cinéaste n'aura de cesse de rendre visible les minorités, la communauté afro-américaine et sa culture. Les "oubliés" d'un septième art où le nombre de réalisateurs noirs, connus du grand public, ne se compte même pas sur les doigts d'une main.

Porte-voix des minorités. À la fin des années 1980, jusqu'au début des années 1990, Spike Lee se fait ainsi le relais d'une contre-histoire. Il n'hésite pas à montrer une face moins idyllique des États-Unis, donnant un coup de pied dans l'idéal de vivre-ensemble américain, et confrontant le pays à ses problèmes de racismes récurrents. Do The Right Thing (1989) met en scène les tensions entre communautés dans un quartier de Brooklyn. Jungle Fever (1991) aborde de front le problème du racisme. Avec Malcom X (1992), il rend hommage au leader noir controversé, assassiné en 1965 à Harlem. L'exposition médiatique de Spike Lee le transforme en porte-parole de sa communauté. Au passage, il révèle bon nombre d'acteurs et actrices issus des minorités : Samuel L. Jackson bien sûr, mais aussi Halle Berry, Denzel Washington et Wesley Snipes.

Il n'hésite pas, également, à s'en prendre à certains de ses confrères. La polémique la plus médiatisée restant sans doute celle qui l'oppose à Quentin Tarantino. Déjà en 1997, le réalisateur afro-américain dénonçait l'utilisation trop fréquente du mot "nigger" dans Jackie Brown. Lors de la sortie de Django Unchained (2012), il avait ouvertement critiqué l'oeuvre de Quentin Tarantino dans un tweet ("L'esclavage américain n'était pas un western spaghetti, à la Sergio Leone. C'était un holocauste. Mes ancêtres étaient des esclaves. Volés de l'Afrique. Je leur ferai honneur").



L'après Inside Man. C'est finalement lorsqu'il se fait moins politique que Spike Lee perd de son aura. Crooklyn (1994), Clockers (1995) et Girl 6 (1996) apparaissent comme plus sage et n'ont pas le même impact que les œuvres précédentes du réalisateur. Le grand retour artistique du cinéaste a lieu en 2002 avec La 25e Heure puis en 2006 avec Inside Man : L'Homme de l'intérieur. Deux réalisations sur une Amérique post-11 septembre, paranoïaque et schizophrène. Les deux dernières grandes œuvres de Spike Lee à ce jour.

Derrière, il y a bien sûr eu d'autres films : Miracle à Santa Anna (2008) ou encore Da Sweet Blood of Jesus (2014). Mais jamais le cinéaste n'a réussi à renouer avec l'acuité artistique et politique de ses débuts. Pire, il offre parfois des films ratés, à l'image du remake d'Old Boy en 2013. BlacKkKlansman, qui raconte l'histoire vraie d'un policier afro-américain infiltrant le Ku Klux Klan est projeté en première mondiale ce lundi. À l'affiche, on retrouve le bankable Adam Driver et John David Washington (fils de Denzel Whashington). Un premier retour à la lumière, dans le plus grand festival de cinéma au monde. Avant de briller de nouveau aux yeux du grand public ?