Bernard Murat : "Je suis un grand artisan du mensonge"

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"La récompense" est la nouvelle pièce à l'affiche du Théâtre Edouard VII. Le metteur en scène, qui est aussi le directeur du théâtre depuis 2001, était l'invité d'Isabelle Morizet dimanche.

INTERVIEW

Il est le pape du théâtre privé. En tant que directeur du Théâtre Edouard VII, qu'il a racheté en 2001, Bernard Murat peut s'enorgueillir de très beaux succès : celui de Tailleurs pour Dames avec son ami Pierre Arditi ou encore, en 2010, du raz-de-marée de la pièce Le Prénom. Invité dans Il n'y a pas qu'une vie dans la vie alors que la pièce La Récompense avec Daniel Russo trône à l'affiche, il a expliqué comment le théâtre était devenu son refuge. 

"Entre 13 et 25 ans, je n'ai aps eu trop de chance". Né en 1941 à Oran, en Algérie, Bernard Murat est vite mis en face des classiques de la littérature par son père. Mais il est aussi rapidement confronté à la cruauté de la vie quand il perd ce père aimé à l'âge de 12 ans. Dès lors, son itinéraire personnel prend la forme "d'une fuite en avant", dit-il. "Entre 13 et 25 ans, je n'ai pas eu trop de chance, j'ai perdu mon père, il y a eu la guerre d’Algérie, la famille s’est disloquée." En 1956, il quitte Alger pour Paris et découvre le théâtre. En suivant des étudiants, il descend un escalier, tombe sur un cours du Théâtre de Chaillot. La première personne qu'il aperçoit dans un halo de lumière est un acteur qui deviendra célèbre : Pierre Richard. Il a dans ce cours l'impression d'atteindre l'essentiel : "la vie, la mort, l’amour, l’invention".

"Je cherchais à me protéger". Il va alors tout laisser tomber pour se consacrer au théâtre, comme acteur, d'abord. "J’ai trouvé la voie du théâtre qui est la voie du mensonge, c’est-à-dire la fabrication d’une illusion sur la vie. Ça m’a toujours hanté. C’est pour ça que je vais monter La vraie vie de Fabrice Roger Lacan. La vraie vie, c’est le début d’une citation de Proust qui dit 'La vraie vie…c’est la littérature', donc le mensonge. Je suis un grand artisan du mensonge." Le théâtre est aussi pour lui un "abri anti-atomique. Je cherchais à me protéger de ce qui était arrivé jusque-là."

"Diriger, c'est prendre un texte à lat et le mettre debout". Plus que le jeu, c'est la direction d'acteurs qui le passionne le plus. C'est aussi une autre façon de se cacher, se protéger tout en étant au cœur du projet. Diriger, explique-t-il, "c’est prendre un texte qui à plat sur une étagère et le mettre debout (...). Chacun y voit sa propre histoire, c’est ce qui est beau dans le théâtre. C’est de pouvoir faire des mises en scène différentes. J’ai plutôt tendance à être fidèle, mais creuser ça veut dire s’occuper des acteurs, les aider à incarner, ne plus jouer. J’aime que ce travail soit humble et qu’il ne se voit pas", décrit-il.

Le syndrome de la page blanche. Il aimerait aussi écrire, mais laisse pour l'instant le soin à de jeunes auteurs d'éclore, quitte à les aider dans leur progression. Lui avoue souffrir du "syndrome de la page blanche, cette chose qui vous regarde" et qui vous demande de tout imaginer, de donner corps à des personnages. "Inventer tout ça, j’ai du mal à le faire. C’est sûr que quelque part, je me sens auteur et je me sens prêt." Affaire à suivre, en continuant de le voir dans son théâtre "maîtriser toutes les étapes de la création."