Arditi joue double jeu

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Arditi joue double jeu
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Le comédien est à l’affiche de deux pièces, le même soir, au Théâtre Édouard VII à Paris.

Vous n’aurez pratiquement pas le temps de souffler sur la place du Théâtre Edouard VII dans le 9e arrondissement de Paris. Pierre Arditi ne vous en laissera pas le loisir, lui qui est en ce moment sur les planches de la salle parisienne dans deux pièces consécutives. 

Affiche

La première Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg, avec Catherine Hiegel, met en scène un couple dévoré par la routine et happé par son poste de télévision, qui se dispute sans trêve pour tout et rien, pour surtout rompre le silence assourdissant qui les a peu à peu séparés. Un homme et une femme qui trompent l’ennui ensemble sans plus se voir, aveuglés par l’écran omniprésent du Dieu-télé. Le yéti, la sexualité, le 11 septembre, la mort, tout est sujet à polémique. Autant de lieux communs entendus au comptoir d’un Café du Commerce, mais qui font un peu l’effet d’un miroir : "en même temps, tout ça c’est nous" résume Arditi. 

Chaque scène de cette pièce "volontairement grivoise" selon le comédien, commence sur un "Moi je ne crois pas que" et se termine lorsque l’un ou l’autre des personnages allume finalement la télévision, pour clouer le bec à l’autre ou pour tout simplement lui échapper.

 
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Le téléviseur, "seule lucarne sur l’extérieur" justement, et qui "diffuse les images d’un monde qu’ils analysent à leur manière, c'est-à-dire réduit à pas grand-chose" explique Pierre Arditi.

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Dans la seconde pièce, Comme s'il en pleuvait, de Sébastien Thiéry, Pierre Arditi forme un autre couple, cette fois avec Évelyne Buyle, un ménage de gauche dont la vie paisible et unie se voit brisée par l’apparition inexplicable de billets de banque sur le canapé de l’appartement. De l’argent sale ? De l’argent à jeter par les fenêtres ? De l’argent tombé du ciel qui, de providentiel, devient pestilentiel et qui rend fou. Plaie d’argent n’est pas mortelle ? A voir…

Arditi est toujours aussi drôle, surtout dans sa parfaite composition de la plus pure mauvaise foi. Dans le rire déclenché par son personnage, politiquement incorrect, il y a pourtant un certain malaise.

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"Bon ça va maintenant ! Hein ça va ! Être de gauche c’est pas forcément porter un pull qui gratte et manger du pâté de foie en boite ! On peut être socialiste et se faire plaisir, non ? On n’est pas condamné, sous prétexte qu’on a des valeurs humaines, à s’habiller comme un con et à bouffer de la merde !" lance t-il par exemple à sa femme, arc-boutée sur sa morale, incarnée par une Évelyne Buyle étonnante de naturel.

Deux pièces à la trame plutôt grinçante et néanmoins décoiffantes. Rythmé, drôle, enjoué, le texte, dans les deux cas, ne manque pas d’humour. Ce qui marque encore, ce sont les voix, la voix profonde de Pierre Arditi, ou celle, très rauque et tendue, de Catherine Hiegel. Beaucoup de cris, de larmes, de drames, de rires, pour une soirée très Arditi, vraiment divertissante.

Moi je crois pas, de Jean-Claude Grumberg, mise en scène de Bernard Murat, avec Pierre Arditi et Catherine Hiegel, à 19h.

Comme s'il en pleuvait, de Sébastien Thiéry, mise en scène de Charles Tordjman, avec Pierre Arditi et Évelyne Buyle, à 21h au théâtre Edouard VII. 

Avec Europe1.