André Téchiné : "Le cinéma, c’est pour apprendre à aimer la vie et les autres"

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Le cinéaste revient en salles avec "Nos années folles". Au micro d'Isabelle Morizet, il a retracé sa passion pour le cinéma.

INTERVIEW

L'histoire est extraordinaire, mais tirée de la vraie vie, celle de Paul Grappe, déserteur dans la Guerre de 14, qui pour échapper au peloton d’exécution devient Suzanne. Cette existence atypique, André Téchiné en a tiré la moelle de son prochain film, Nos années folles, avec Céline Sallette et Pierre Deladonchamps. Le réalisateur était l'invité d'Il n'y a pas qu'une vie dans la vie pour évoquer ce long-métrage en salles mercredi et son parcours, lié aux salles obscures depuis l'enfance.

"Tout va être en effervescence". Dans ce film, c'est Louise, la compagne du déserteur qui a l’idée de travestir l’homme de sa vie. Il refuse, puis se prête au jeu. Un jeu qui finit par lui plaire beaucoup, trop même. "Il y a une évolution pour ce couple. Elle est corps et âme avec lui, ensuite elle lui donne cette idée pour le sauver. Elle ne mesure pas toutes les conséquences perverses de ce choix de survie. Le couple va marcher en terrain inconnu (...) Ce personnage de Suzanne va foutre le bordel dans le couple", ose André Téchiné. "Cette Suzanne va vouloir entraîner Louise dans des chemins de libertinage qui ne lui conviennent pas. Tout va être en effervescence, en ébullition, tout va changer."

La frustration de l'internat. Les histoires étourdissantes du cinéma, le réalisateur y a pris goût dès son enfance. Placé dans un internat religieux de Montauban, il ne pouvait s'échapper que le dimanche entre midi et 17h. "Mes parents, après le déjeuner familial, m’emmenaient au cinéma. Je ne pouvais pas voir la fin du film, sinon je serais arrivé en retard à l’internat et c’était absolument inenvisageable. C’était une frustration. Peut-être que ça a alimenté des fantasmes, des désirs." Le fil ne se dénouait que le dimanche suivant, quand ses parents lui racontaient la fin. Pendant les vacances, il revoyait ensuite beaucoup des films intégralement.

Au cinéma, on est aussi sérieux que les enfants quand ils jouent

Pigiste pour les Cahiers du cinéma. Porté par cette enfance cinématographique inachevée mais laissant place à l'imagination, l'ancien pensionnaire tente d'intégrer l’Idec (l'ancêtre de la Fémis) à 20 ans. On est en 1963, mais à cause de l'épreuve de physique, aujourd'hui disparue, il échoue. Parallèlement, il réussit en revanche à publier un texte aux Cahiers du cinéma et devient pigiste pour la publication, une autre forme d’apprentissage. 

Pour lui, les émotions du cinéma sont d'un "autre ordre" que celles de la vie. Il voit le cinéma comme "coupé de la réalité et comme si tout à coup, on entrait dans le domaine artistique où même si on assiste à des représentations barbares ou violentes, il y a fondamentalement l’apaisement de la culture (...) La vie, je la laisse couler, dans ses tremblements, dans ses imperfections. C’est là qu’elle est la plus vibrante."

La caméra pour ne pas être trop introverti. Le réalisateur va même plus loin : "Le cinéma, c’est pour apprendre à aimer la vie et à aimer les autres. Je crois que j’ai besoin de passer par le cinéma et par la fabrication de mes films pour me rapprocher des gens et de la vie. Si je n’avais pas le cinéma comme instrument, je ne sais pas si j’en serais capable. Je me retrancherais trop dans un univers introverti."

Grâce à la caméra, il s'embarque dans "des aventures nouvelles" avec l'objectif de ne jamais se répéter, raison pour laquelle il se dit "aux aguets pour les commandes de producteurs. Je désire la commande parce que c’est faire table rase de tout ce qui m’encombre et ce qui est derrière moi." Plus qu'un pouvoir, il voit dans la réalisation un jeu magique : "J’ai l’impression qu’au cinéma, on est aussi sérieux que les enfants quand ils jouent."

>> Retrouvez Il n'y a pas qu'une vie dans la vie dans la vie avec Isabelle Morizet, le samedi et le dimanche de 16h à 17h sur Europe 1.