Alexandre Romanès : "Il y a cette pensée dans les tribus gitanes et tziganes que le terrain préféré du Diable est la politique"

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Le fondateur du dernier cirque tzigane présente un nouveau spectacle, débarrassé des artifices classiques du cirque pour revenir au cœur de la culture nomade.

INTERVIEW

Fondateur du dernier cirque tzigane d’Europe, Alexandre Romanès recevra la Légion d’honneur de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, le 9 novembre. Il était invité samedi dans C'est arrivé cette semaine pour présenter son nouveau spectacle "Si tu m'aimes plus, je me jetterai par la fenêtre de la caravane", joué à partir du 22 octobre au square Parodi à Paris, alors même que François Hollande se rendait dans le Maine et Loire, à Montreuil-Bellay pour reconnaître la responsabilité de la France dans l’internement des Tziganes par le gouvernement de Vichy en 1940. 

Poésie. Son nom fait partie des trois ou quatre patronymes célèbres en France dans le monde du cirque. Alexandre Romanès a d'ailleurs un lien de parenté - "très éloigné", dit-il - avec une autre grande famille, les Bouglione. L'artiste confie qu'il s'agit pour lui de son "nom de jeune fille et qu'aujourd'hui il a un nom de guerre qui s'appelle Alexandre Romanès". C'est sa manière de marquer sa différence avec son célèbre confrère. "On a enlevé toutes les conventions habituelles du cirque. Aujourd'hui, il y a une mode, les chapiteaux sont des hangars pour avions. Nous, on a un chapiteau de 20 mètres, tout petit. On a remplacé cette musique un peu facile, un peu vulgaire par la jolie musique tzigane. Quand les cirques présentent une quinzaine de numéros, on en présente trente. J'ai fait revenir toutes mes cousines. J'ai neuf filles dans la piste qui font des très jolies danses tziganes que personne n'a jamais vues ailleurs", décrit-il.

L'humain, et non les animaux, revient au cœur du spectacle. "Tout le monde dit qu'on est le cirque le plus poétique, ce qui est un beau compliment". Pas d'animaux et pourtant, un aïeul de la famille était montreur d'ours dans les rues. "Mon grand-père était particulier parce qu'il avait trois femmes et un ours."

Nomades. Plus encore que le cirque tzigane, l'homme a défini en quelques mots l'âme tzigane : "C'est ne pas être un patron, ne pas être un employé, ne pas suivre la mode, ne pas regarder le sport, ne pas en faire". Il ajoute : la croyance en Dieu est très forte. Et nos femmes ne montrent jamais leurs jambes, leurs jupes vont de la taille jusqu'aux pieds. Par contre, pour le haut, souvent, elles sont un peu dénudées. Et nous avons une médecine qui guérit à peu près tout. C'est une culture qui s'est forgée dans le nomadisme, sur des chemins pierreux sous le soleil." 

Les migrants et la guerre. Ce nomadisme renvoie immanquablement aux migrants, évacués cette semaine et placés dans des centres d'accueil. En les voyant, "je ressens la même peine que quand je croise une femme qui dort sur le trottoir avec son enfant. Evidemment qu'il faut venir en aide à ces malheureux. La meilleure aide qu'on pourrait apporter, c'est arrêter de faire la guerre. Si la France n'était pas partie pas en guerre, ça n'aurait pas existé tout ça", juge-t-il, avant d'avancer que les Tziganes ne votent pas et ne font pas la guerre.

"Il y a cette pensée dans les tribus gitanes et tziganes que le terrain préféré du Diable est la politique. Nous préférons rester sur nos terrains à nous." Il acceptera malgré tout sa Légion d'honneur "parce que c'est Audrey Azoulay, qu'elle est compétente et que c'est une bonne personne. Au début, je n'en voulais absolument pas et toute ma tribu m'a dit que j'étais le premier gitan à avoir cette distinction."