ÉDITO - "Les politiques ont tout intérêt à surfer sur la Coupe du monde"

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La liesse populaire n'est pas retombée en France, mercredi matin, au lendemain de la qualification des Bleus en finale de la Coupe du monde. Un élan auquel les politiques tentent à chaque fois d'adhérer.

LE DÉBAT

"Le point commun entre la politique et le foot, c'est la récupération". Du ballon pour les uns, de tout ce qui peut relancer leur cote de popularité pour les autres. Au lendemain de la qualification de l'équipe de France en finale de la Coupe du monde, nombreux sont les élus, de tout bord et de tout poil, à exprimer sur les réseaux sociaux leur joie et leur soutien aux Bleus. 

Une hausse possible de 10 à 13 points de popularité pour Macron. Pour Hélène Jouan, cheffe du service politique d'Europe 1, et Jean-Sébastien Ferjou, fondateur et directeur du site d'informations Atlantico.fr, les politiques ont raison de s'accrocher à cette liesse populaire, si rare dans notre pays. Et pour cause, "en 1998, Jacques Chirac avait gagné 15 points de popularité dans les sondages", rappelle Jean-Sébastien Ferjou. Et tant pis si le chef de l'État de l'époque n'y connaissait pas grand chose au ballon rond. "On a découvert qu'il aimait le foot en 1998, et lui aussi d'ailleurs. À l'époque, c'était un roi nu, en pleine cohabitation. Il n'avait plus rien, mais il a rapporté la Coupe du monde", se souvient Hélène Jouan. 

Entendu sur Europe 1
Les prolos, les nantis, les premiers de cordée, on avait tout le monde dans la rue. C'est ça que vont chercher les politiques

Dès lors, "oui, les politiques ont tout intérêt à surfer sur le phénomène", assure le fondateur d'Atlantico, qui évalue le potentiel gain d'Emmanuel Macron en cas de victoire en finale à "+10 ou 13 points" de popularité. Une manne bienvenue pour le chef de l'État qui dévisse dans les sondages

Le foot fait ce que la politique ne peut pas. Surtout, selon Hélène Jouan, le football réalise ce que la politique ne parvient pas à faire : susciter un élan national, une unité au-delà de toute différence socio-culturelle. "Ce que n'arrive plus à faire la politique, même un soir d'élection présidentielle. On n'a évidemment pas ce monde-là dans la rue, cette même ferveur. Les prolos, les nantis, les premiers de cordée, on avait tout le monde dans la rue. C'est ça que vont chercher les politiques", assure la cheffe du service politique d'Europe 1.

"C'est aussi une équipe qui montre que l'idéal méritocratique, ça marche encore dans notre pays. À chaque fois, on a une équipe de Français de sang mêlé, qui viennent de partout, des quartiers, des Caraïbes, de l'Afrique. C'est une claque à tous ceux qui parlent du déclinisme de la France et qui veulent la communautariser", complète Hélène Jouan.

"Il ne faut pas surestimer le phénomène". Mais pour Jean-Sébastien Ferjou, gare à ne pas se complaire dans un souvenir largement enjolivé. "En 1998, c'était la première fois, on se prouvait que c'était possible. Cette fois, l'effet 'black-blanc-beur' est moins fort. Le mythe de 98 s'est défait", estime le directeur d'Atlantico, qui cite tour à tour "le match France-Algérie de 2001", ou "Georges Frêche, le maire socialiste de Montpellier qui avait dit qu'il y avait trop de noirs dans l'équipe de France". "Même la Commission des droits de l'homme avait posé la question aux Français en 1999 : 'y a-t-il trop d'étrangers dans l'équipe de France ?', et il y en avait plus d'un sur trois qui répondait oui", assure-t-il.

Alors, selon Jean-Sébastien Ferjou, "il ne faut pas surestimer le phénomène. La France n'est plus celle de 98, l'espoir est moins fort. Il faut faire attention à la manière d'en parler. Trop d'optimisme pourrait mener à un décalage assez violent avec une réalité vécue par tout le monde".