Coupe du monde : faut-il avoir peur de l'Argentine ?

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Coupe du monde : faut-il avoir peur de l'Argentine ?
Marcos Rojo et Lionel Messi ont tous les deux marqué face au Nigeria, mardi.@ GABRIEL BOUYS / AFP
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Malmenée lors de la phase de poules, l'Albiceleste reste un adversaire redoutable pour les Bleus en huitièmes de finale.

À dix minutes près, la France aurait disputé son huitième de finale contre le Nigeria, comme en 2014. Mais Marcos Rojo et sa magnifique volée inscrite à la 86e minute de la rencontre face aux Super Eagles, mardi, ont tout changé : l'Argentine s'est qualifiée in extremis (2-1) pour le tour suivant et retrouvera les Bleus samedi, à 16 heures. Décriée mais vaillante, chancelante mais remotivée, l'Albiceleste va se présenter à Kazan avec l'ambition de faire taire tous ceux qui lui prédisent un parcours peu glorieux depuis le début du Mondial.

Des faiblesses avérées…

Un jeu loin d'être flamboyant. Car depuis ce nul concédé face à l'Islande en ouverture (1-1), l'Argentine est loin d'avoir donné tort à ses détracteurs. Animation offensive insipide, latéraux peu inspirés, erreurs individuelles… Le jeu argentin n'a pas vraiment brillé lors de cette phase de poules, donnant parfois l'impression de couper l'équipe en deux entre les secteurs offensif et défensif. Pire, l'équipe sus-américaine est apparue bien faible face à un collectif huilé comme celui de la Croatie, qui a corrigé l'Albiceleste, samedi (3-0).

Un sélectionneur sur la sellette. Qui est le véritable maître à bord du vaisseau argentin ? Depuis la déroute contre la Croatie, le sélectionneur Jorge Sampaoli a fait l'objet de nombreuses rumeurs de départ et de remplacement, en pleine compétition. Selon la presse argentine, ses joueurs l'ont pris en grippe, Lionel Messi aurait repris le leadership sur le terrain et le vétéran Javier Mascherano a été vu en train de discuter tactique avec Sampaoli en marge d'un entraînement. Une situation incomparable avec celle des Bleus, guidée avec constance par le "patron" Didier Deschamps depuis sa prise de fonctions en 2012.

Une équipe sur le déclin ? Cette équipe argentine, 28,4 ans de moyenne d'âge (deux ans de plus que les Bleus), tarde à se renouveler. Car derrière les Javier Mascherano (34 ans), Gonzalo Higuain (30 ans) ou Enzo Pérez (32 ans), la jeune génération a du mal à éclore, la pépite Paulo Dybala (24 ans) et l'espoir Giovani Lo Celso (22 ans) étant systématiquement remplaçants. Ce qui fait dire à certains observateurs que l'expérience accumulée par la génération Messi se paye par un réel manque de fraîcheur sur le terrain. Aux Bleus d'en profiter.

… mais un adversaire qui reste dangereux

Des individualités redoutables. Mais avant d'être une équipe que beaucoup jugent en fin de cycle, l'Argentine reste une armada capable, sur le papier, de rivaliser avec n'importe qui : Gonzalo Higuain, Sergio Agüero, Angel Di Maria et le plus impressionnant de tous, Lionel Messi. Si tout n'a pas fonctionné lors des matches de poule (la faute à un groupe plus relevé que celui de la France ?), le potentiel offensif reste supérieur à celui de l'équipe de France. "La Pulga" Messi aligné sans surprise, qui l'accompagnera dans un système à un, deux ou trois attaquants contre les Bleus ? Face à des Français plutôt inexpérimentés sur les côtés, le danger est bien présent.

Un collectif retrouvé autour de Messi. C'est l'enseignement majeur de ce match à rebondissements contre le Nigeria, mardi : éliminée au coup d'envoi, l'Argentine a pris l'avantage grâce à son génie, qui l'a portée tout au long de la rencontre, au contraire des deux premiers matches traversés comme une ombre par la star du FC Barcelone. Sur la pelouse du stade Krestovsky de Saint-Pétersbourg, Lionel Messi a fédéré les siens, au bord du gouffre, s'adressant à eux avant la seconde période, comme un vrai capitaine. Vif, altruiste et combatif, le meneur de jeu aux 127 sélections est apparu transfiguré par rapport à ces matches où il encaissait les buts des siens, tête baissée et mains sur les hanches.

Une équipe que l'on connaît mal. Les Bleus n'ont pas défié l'Albiceleste depuis 1978 et le mondial organisé et remportée par l'Argentine. À l'époque, la France s'était inclinée 2-1 en poule. Depuis, les deux équipes ont eu leurs temps forts, sans jamais se rencontrer de nouveau. Samedi, les hommes de Didier Deschamps vont donc se mesurer à un inconnu. Certes, cela vaut aussi pour l'Albiceleste mais sur le plan du jeu, l'Argentine s'est confrontée à plusieurs profils durant ce Mondial : la rigueur défensive et la combativité de l'Islande, les milieux étoffés et l'application de la Croatie et enfin la rapidité du Nigeria qui lui a mieux réussi, mardi. En face, les Bleus ont affronté des équipes portées sur la défensive, si l'on exclut la seconde période du Pérou. Un handicap au moment d'affronter une sélection plus joueuse ?

Un public de folie. Contre le Nigeria, ils étaient plus de 50.000 à supporter l'Albiceleste et devraient être nombreux à Kazan pour soutenir les coéquipiers de Lionel Messi, samedi à 16 heures. En face, les Français ont été bien moins nombreux en matches de poules : entre 2.000 et 3.000 pour les rencontres face à l'Australie et le Pérou, et entre 5.000 et 8.000 derrière les Bleus au stade Loujniki, contre le Danemark. Et à l'extérieur du stade, les fans argentins sont réputés pour être parmi les plus bouillants du monde.



Pour les soutenir dans ce qui pourrait ressembler à un match à l'extérieur, les Bleus compteront en tout cas sur un chant à la gloire du milieu de terrain N'Golo Kanté, dans lequel le joueur de Chelsea va "bouffer" Lionel Messi…