Nutella, Tic-tac et "capitalisme à l'italienne", l'héritage de Ferrero

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Nutella, Tic-tac et "capitalisme à l'italienne", l'héritage de Ferrero
@ GIUSEPPE CACACE / AFP
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PORTRAIT - Michele Ferrero, inventeur de la célèbre pâte à tartiner, de Kinder, Tic-tac et d'un empire aussi opaque que social, est mort samedi.

Il a eu le droit à un hommage du président italien en personne. "Michele Ferrero a été pendant de très longues années au premier plan de l’industrie italienne, réussissant à rester toujours à la mode grâce à des produits innovants et à son travail tenace et réservé", a commenté Sergio Matarella lundi, réagissant à la mort de l'inventeur du Nutella. Des marques phares, un empire considérable, un modèle familial emblématique… Michele Ferrero laisse un héritage conséquent, que ni les consommateurs du monde entier, ni l'Italie sont prêts d'oublier.

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De Supercrema à Tic-tac.  L'empire Ferrero est né en 1946, des mains de Pietro Ferrerio, le père de Michele. Le patriarche invente alors Supercrema, une pâte à tartiner au chocolat. Le secret : mettre peu de chocolat, cher et rare après la guerre, et compenser par de la noisette, dont le pays abonde. Le hic : la pâte se tartine mal. Lorsque Michele reprend l'entreprise, en 1949, à la mort de son père, il y ajoute de l'huile de palme. En y apportant sa touche, corrigeant les défauts de la pâte de son père, Michele Ferrero réussit à créer 15 ans plus tard la pâte à tartiner Nutella, qui s'arrache encore aujourd'hui (350.000 tonnes produites chaque année).



Kinder, Mon Chéri, Ferrero Rocher, Tic Tac… Malgré les critiques sur son utilisation massive de l'huile de palme, potentiellement dangereuse pour la santé, et sur sa proportion à faire prendre des kilos aux consommateurs, l'entreprise multipliera les produits à succès. En 2013, son chiffre d'affaires s'élevait à 8 milliards d'euros, pour 800 millions de bénéfice. Selon Forbes, la fortune de Michele Ferrero avait atteint 20 milliards d’euros avant sa mort.





Un "capitalisme à l'italienne". Homme de peu de mots, évitant les médias, Michele Ferrero avait toujours refusé l'entrée d'actionnaires extérieurs dans la société, ce qui pose aujourd'hui la question de sa succession. Le dirigeant défunt était le représentant suprême de ce que les médias appellent le "capitalisme à l'italienne", fait de valeurs familiales et sociales. Dans les faits, cela se traduisait par une politique généreuse vis-à-vis des salariés : prise en charge de la crèche pour les enfants du personnel, des activités sportives et culturelles, de la mutuelle de santé "jusqu’à la mort" pour les salariés de plus de 30 ans d'ancienneté etc. L'entreprise investissait également dans l’éducation et la santé en Inde, en Afrique du sud et au Cameroun.



Mais Michele Ferrero avait aussi ses parts d'ombre, dans les deux sens du terme. Outre la critique sur les faibles valeurs nutritionnelles de ses produits, Michele Ferrero entourait ses activités d'une certaine opacité. Il vivait à Monaco et le siège de sa société se situait au Luxembourg, pays aux vertus multiples pour les candidats à l'évasion fiscale. "On ne doit apparaître dans les journaux que deux fois : dans son avis de naissance et son faire-part de décès", commentait-il lui même, selon des propos rapportés par Le Monde dimanche.

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