La Taupe, crème de film d’espionnage

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La Taupe, crème de film d’espionnage
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La Taupe, du réalisateur suédois Tomas Alfredson, transpose brillamment à l’écran le fascinant best-seller de John Le Carré. 

John Le Carré sait construire des personnages à la fois complexes et crédibles. Le défi de la version cinématographique de La Taupe était donc osé pour le réalisateur Tomas Alfredson, d’autant que le livre avait déjà inspiré, il y a 30 ans, une série très réussie. (Tinker, Tailor, Soldier, Spy). 

L’intrigue du film suit scrupuleusement celle de l’ouvrage, et respecte la complexité de l’histoire : dans un contexte de guerre froide, l’agent Smiley (Gary Oldman) évincé des services secrets britanniques, est rappelé pour mener à bien une mission spéciale, débusquer la taupe, un agent double soviétique qui aurait infiltré le Cirque (le quartier général des services secrets britanniques dans le jargon). Ses recherches le mettent sur la piste d’une autre affaire et très vite, les fils s’emmêlent… 

Découvrez la bande-annonce du film : 

Gary Oldman, hypnotisant 

L’intrigue tourne autour de Georges Smiley, probablement le plus célèbre des personnages de John Le Carré. L’acteur Gary Oldman, qui s’est glissé dans la peau de l’agent, déploie un jeu tout en maîtrise et fascine par sa seule présence. "Quand Gary essuie ses lunettes, c’est aussi intense qu’une scène d’action", résume le producteur du film. 

L’acteur réussit à camper un Smiley presque hypnotisant, intériorisé, secret autant qu’intelligent et respirant la solitude. Smiley n’extériorise absolument rien, au point qu’il en frise l’anormalité ; au point même qu’il finit par inspirer la crainte ressentie devant le tueur en série. "L’espion parfait", d’après Tomas Alfredson. "Si vous le croisez dans la rue, vous ne le remarquez pas. Il n’exprime aucune émotion et vous ne savez jamais à quoi il pense…" 

Au-delà de Smiley, l’ensemble des personnages de La Taupe sont dessinés avec une infinie précision dans le film, grâce aux belles performances de Colin Firth, de John Hurt ou de Benedict Cumberbatch. Le film nous les découvre peu à peu, pénètre à son rythme dans l’intrigue, tout en détours et en suggestions. Pour autant, les caractères s’affirment et les amitiés se révèlent, entre loyauté et trahison. Chaque personnage est vulnérable, à sa façon, fragilisé par la solitude qu’implique sa condition. 

Thriller esthétique

Tomas Alfredson réussit un brillant film d’espionnage grâce au travail combiné des plans, très soignés, et de l’univers du film. Très loin de l’image classique du film d’espionnage, entre courses-poursuites et fusillades, le film met l’accent sur l’atmosphère. Une des grandes réussites du film tient dans la tension continue qui règne.

Dans La Taupe, le spectateur espionne un monde d’espions. Et c’est en effet l’impression donnée sans cesse par les glissements silencieux d’une caméra derrière une vitre, qui surprend aussi des conversations dans l’atmosphère feutrée et enfumée d’un bureau. Tomas Alfredson a réinventé la configuration des locaux du Cirque pour plonger le regard du spectateur dans un dédale de couloirs et d’escaliers. Le réalisateur a également recréé le matériel d’espionnage des années 70 (comme le magnétophone à bobine) et n’a pas lésiné sur les détails pour rendre l’ambiance de l’époque (le papier-peint rose et bleu piqueté de petites fleurs dorées pour une scène sinistre dans une cellule de prison en est un bel exemple). Le film respire les années 70, le climat de guerre froide qui empoisonne alors les relations internationales y est palpable…

Si le spectateur pourra parfois se perdre dans les méandres de l’intrigue, l’atmosphère délicieusement tendue de La Taupe suffit à l'entraîner dans un film d’espionnage grand-cru, qui mêle les indispensables du genre à la belle originalité du regard de Tomas Alfredson, au point d’en faire, une "réussite totale" - Et ce, d'après John Le Carré lui-même. 
 

La Taupe, avec Gary Oldman et Colin Firth, en salles le 8 février. Un film Europe 1.