L’oreillette au cinéma : gadget ou véritable outil ?

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L’oreillette au cinéma : gadget ou véritable outil ?
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COULISSES - Cet écouteur discret, qu'on distingue régulièrement à la télévision, est aussi parfois utile sur les planches. Mais quid du cinéma ? 

On savait l'oreillette utilisée au théâtre. Sur les planches, quelques affaires ont même marqué les esprits. En 2004, au théâtre de la Madeleine, Gérard Depardieu utilisait bien une oreillette pour mémoriser et restituer son texte, avait fini par confier le metteur en scène, Jacques Lassalle. Résultat ? L'acteur donnait la réplique à Fanny Ardant… avec plusieurs secondes de retard. Ce petit objet, discrètement glissé dans l'oreille, est aussi un habitué des plateaux de télévision. Jean-Luc Delarue portait même ostensiblement l'oreillette. Mais qu'en est-il sur les plateaux de cinéma ?

>>> Europe 1 a posé la question à Daniel Chocron et à Bruno Cras, deux spécialistes du cinéma.  

La puce à l'oreille. En cherchant un peu, il arrive que les réalisateurs parlent de l'oreillette. Souvent bien des années après y avoir eu recours, d'ailleurs. C'est pourtant une anecdote qui nous a mis la puce à l'oreille : Joséphine Japy, l'une des héroïnes de Respire, le dernier film de Mélanie Laurent sorti mercredi, nous a confié ceci : pour la scène finale, particulièrement intense, la réalisatrice lui a "caché" une oreillette. "Elle ne me poussait pas, mais me disait simplement : ça va, tout va bien, ne t'inquiète pas, je suis là. Elle me parlait seulement dans l'oreille quand mon personnage devait reprendre sa respiration, et c'est elle qui m'a aidé à le faire, grâce à l'oreillette." Mélanie Laurent fait-elle partie des rares réalisateurs qui utilisent le procédé ou est-ce courant sur les plateaux de tournage ?

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Pour donner des indications. "Non, ce n'est pas très répandu", nous explique d'emblée Daniel Chocron, historien du cinéma, qui exclut le recours systématique à l'oreillette sur les plateaux de tournage. "Ça s'est fait", assure-t-il tout de même, dans de rares cas au cinéma. Jean-Luc Godard, par exemple, utilisait l'oreillette. Il faut dire que ses acteurs étaient souvent très décontenancés devant les dialogues qu'il donnait. L'oreillette lui servait donc à les diriger, à leur donner des indications de jeu." C'est aussi ainsi que l'utilisent Claude Lelouch ou encore Xavier Dolan. Le réalisateur de Mommy, lui non plus "n'hésite pas à donner des indications à ses acteurs, ou même à leur demander de parler plus fort, à l'aide d'une oreillette", affirme Bruno Cras, spécialiste cinéma à Europe 1. 

Pour souffler le texte. Dans d'autres cas, également assez rares, l'oreillette est utilisée au service du texte. Dans Apocalyspe now, "Marlon Brando avait très peu de texte à apprendre, le reste étant uniquement de l'improvisation, mais il avait de sérieux problèmes de mémoire", raconte Daniel Chocron. L'acteur a donc porté l'oreillette, bien cachée, pendant le tournage, comme l'a d'ailleurs confié Coppola lui-même par la suite. "Le comédien, qui était incapable de se souvenir de son texte, a porté une oreillette où un assistant lui soufflait chacune de ses répliques", rapporte GQ Magazine. "Dans ce cas précis, l'oreillette vient remplacer les souffleurs, qui existaient au théâtre des années 1930 aux années 1980.

Pour combattre le trac. Plus récemment, la chanteuse Rita Ora a également eu recours à l'oreillette sur le tournage de Fifty Shade of Grey. Pour son tout premier passage au grand écran, c'est elle qui joue la sœur adoptive de Julian Grey, mais la chanteuse, peu habituée au jeu, était dévorée par le trac. "J’étais obligée d’avoir quelqu’un dans mon oreille qui me dise mes prochaines répliques, parce que j’étais tellement nerveuse que j’oubliais tout ce que j’avais appris", a confié la chanteuse au site Access Hollywood.

Mieux qu'écrire sur ses manches… Avant l'apparition de l'oreillette, l'acteur Jules Berry, dans les années 1930 ou 1940, avait une toute autre technique. "Cet acteur, qui faisait parfois jusqu'à trois tournages dans la même journée", assure Daniel Chocron "écrivait ses textes sur les manches de sa chemise". Et quand c'était trop voyant, "il improvisait", comme il l'a prouvé dans le film Le jour se lève.