Jamel joue les méchants dans Né quelque part

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Jamel joue les méchants dans Né quelque part
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Mohamed Hamidi offre à Jamel Debbouze son premier rôle de "méchant-sympa" dans Né quelque part, un film poignant sur l’identité. 

C’est l’histoire de Farid. Et à travers lui celle de toute une génération. Avec Né quelque part, son premier long-métrage présenté hors compétition à Cannes, Mohamed Hamidi filme la quête identitaire d'un Français, Farid (Tewfik Jallab), qui met pour la première fois les pieds dans la patrie de son père, l'Algérie. Dépêché au "bled" pour sauver la maison familiale menacée de démolition, l’étudiant en droit va découvrir un pays, l’histoire de ses aînés et remonter le fil de ses origines. 

Découvrez la bande-annonce du film :





"Lost in Algeria"

Le personnage de Jamel Debbouze, dans le film, incarne la forme la plus poussée du désir de rejoindre une France fantasmée. Sous les traits du cousin algérien "roublard" et sans scrupule, Mohamed Hamidi lui offre son premier rôle de "méchant-sympa". Cousin du héros mais aussi son homonyme, il lui vole ses papiers, rentre en France avec et le laisse en Algérie.  "Farid se rend alors compte qu'il ne connait absolument pas ce pays, qu'il n'en a pas les codes, qu'il ne parle pas la langue (...) C'est lost in Algeria." plaisante Jamel Debbouze avant d'ajouter "Quand on voit ce film on se rend compte à quel point on est Français."

Jamel Debbouze répond aux questions de Nicolas Poincaré dans Europe 1 Soir :



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Faire Né quelque part lui tenait à cœur. Jamel Debbouze, également co-producteur du film, évoque "un cinéma qui nous permet de faire connaissance avec la France" parlant au nom des enfants d'immigrés. Le propos, sans aucun doute, est utile, "la meilleure manière de changer les mentalités" résume-t-il. A chaque fois que je retourne voir ma famille au Maroc, je me rends compte de plein de choses (...) quand je vois leurs chaussettes trouées, je me dis que j'ai de la chance, quand je les vois vivre, quand je les vois galérer et aspirer à des choses qui me paraissent, à moi, complètement banales, je me dis que j'ai de la chance." A l'âge de se retourner sur le passé de sa famille, le film de Mohamed Hamidi lui a permis de toucher du doigt son parcours. "J'ai compris à travers ce film le sacrifice de mes parents (...) aujourd'hui ça nous paraît naturel mais ils ont traversé des choses incroyables pour qu'on puisse vivre normalement."

"Et si j’étais né ici, en Algérie ?"

Le réalisateur a "tenté d’expliquer pourquoi des hommes et des femmes prennent tant de risques pour quitter leur pays et leur famille (…) On parle toujours de l’immigration de manière globale mais on oublie que derrière chaque famille, il y a une multitude de petites histoires personnelles, d’itinéraires de vie".  

Le point de départ du film est justement lié à une histoire. Celle de Mohamed Hamidi. De son voyage dans le pays de son père, l’Algérie, a surgi une interrogation qu’il a placée au cœur de son film : "Et si mon père était resté là ? Et si j’étais né ici ? Quelle aurait été ma vie ?" Le réalisateur et co-scénariste avec Alain-Michel blanc y répond simplement : "Notre destin se joue à très peu de choses : l’endroit où l’on est né". 

Découvrez le making-of avec Jamel Debbouze :



"Une histoire simple filmée simplement"

Chaque pierre, chaque arbre, chaque mot des Algériens du film, abritent cette fatalité, vécue comme une injustice première et la présence de Farid (voué à un autre destin en France), vient encore la révéler. Une frustration que résume un jeune garagiste dans le film : "la France, elle n’a que des regrets à nous envoyer". Référence aux multiples refus de visas qu’il a essuyés, chaque lettre commençant par ces mots "Nous avons le regret de …" Affleurent alors les sentiments ambigus de Farid face à cette famille, ni tout à fait la sienne ni tout à fait une autre. Avec lui, on voit apparaître et grandir la culpabilité à l’égard des siens et la coexistence aussi riche que délicate entre deux cultures.

Découvrez le making-of avec Mohamed Hamidi et Alain-Michel blanc :



Pour son premier film, Mohamed Hamidi a opté pour des scènes "posées et réfléchies". Pas d’effets, pas de caméra à l’épaule ni d’infinis travellings, mais "une histoire simple filmée simplement", qui prend aux tripes et nous plonge, à travers le vécu d’un jeune homme, au cœur d’une question qui touche à l’universel. 

Né quelque part, de Mohamed Hamidi avec Tewfik Jallab, Jamel Debbouze, Fatsah Bouyahmed et Malik Bentalha.  Le 19 juin au cinéma, avec Europe 1.