Diana, une princesse "normale"

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Diana, une princesse "normale"
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C’est la femme amoureuse que choisit de nous montrer Oliver Hirschbiegel dans Diana, éclipsant à dessein le rôle et la dimension d’une princesse très médiatique. 

C’est sans doute ce que Hasnat Khan, le dernier amour de Diana, redoutait le plus depuis la mort de la princesse : un film sur son idylle avec elle. Cet homme, discret, professionnel, si l’on en croit son portrait public, a tout fait pour échapper à la vie tourbillonnante de Diana, cible tant appréciée des paparazzis. Ne déclare-t-il pas au cœur du film cette phrase prémonitoire : "Si je t’épouse, je dois épouser le monde entier avec toi, et ça m’est impossible". Il s’y refusa en effet. C’est pourtant le sujet que s’est offert Oliver Hirschbiegel, le réalisateur de Diana, dans son dernier film éponyme. Il est également l’auteur du célèbre film La chute, sur les derniers jours d’Hitler.  

Découvrez la bande-annonce du film

Inspiré du livre explicitement intitulé Le dernier amour de Diana, le film raconte les deux dernières années mouvementées de Lady Di (1995-1997) avec pour sujet principal, la passion de la princesse pour un médecin anglo-pakistanais alors anonyme : Hasnat Khan. En toile de fond, on entrevoit par touches légères, son divorce avec le prince Charles, son aventure avec Dodi al-Fayed, fils du milliardaire égyptien Mohamed al-Fayed, joué par Cas Anvar, jusqu'à son décès sous le pont de l'Alma, à Paris, le 31 août 1997.

Casse-gueule

Le sujet était extrêmement périlleux. Car comment raconter sans faux-pas la vie intime de Lady Di, icône adorée du grand-public, femme dite  "la plus célèbre du monde", égérie des tabloïds ? Dans le rôle de la princesse, l’actrice Naomi Watts (l’une des éclatantes héroïnes de Mulholland Drive, ou encore celle de 21 Grammes) s’en tire bien. La corpulence, l’attitude, la délicatesse, le trouble, rappellent en effet le personnage de la princesse de Galles, perdue dans les affres d’un rôle social trop grand pour elle.

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Dans la peau du cardiologue, Naveen Andrews (Le patient anglais, Lost) est lui aussi d’une grande justesse (si l’on s’en tient à la cohérence du film) troublant, secret, droit, simple, à l’image du portrait que la presse a pu faire, en creux, de cet homme, jeté bien malgré lui sous la lumière crue. Il ne la traite pas comme ce qu’elle est aux yeux du monde, comme une princesse ; il la soutient, l’aime tendrement, sans pourtant oublier de se montrer exigeant. Mais il est torturé par l’horreur que lui inspire la célébrité, et la redoute. Ainsi leur amour, tremblant, passionné, déchiré par l’entrave médiatique, a la beauté de tous les amours impossibles. Le miracle Roméo et Juliette est à l’œuvre, et nous attire avec lui jusqu’à la déchirure finale, jusqu’à la mort, inévitable.

Le choix de la femme

Oliver Hirschbiegel prend le parti de nous montrer la femme, plongée dans les troubles presque enfantins d’un amour qui lui échappe. Prisonnière de son destin, elle se débat et cette lutte a quelque chose de douloureux. L’auteur a choisi de lui ôter sa dimension médiatique pour nous donner à voir une femme amoureuse, fragile, en proie au doute. En cela le film parvient à établir un certain équilibre. On croit à cette passion. Les rôles sont justes, mais la dimension du personnage, de fait, lui échappe. Le pari était risqué, et d’une certaine manière, joué d’avance : car comment jamais égaler le rêve Lady Di ? Ainsi les amoureux de la magie Diana seront déçus puisque le réalisateur, justement, tenait à sortir du "Il était une fois une princesse…"

Diana, de Oliver Hirschbiegel, avec Naomi Watts, Naveen Andrews, Douglas Hodge, en salles le 2 octobre 2013, avec Europe 1.