Cinéma : pourquoi le prix des places augmente
L'engouement pour la 3D explique en partie la hausse des prix des tickets de cinéma. © MAXPPP

+30% en dix ans pour un ticket : à l’occasion de la Fête du cinéma, Europe1.fr décrypte le phénomène.

A partir de samedi, et ce jusqu’au vendredi 1er juillet, c’est "une place achetée, et la séance suivante à 3 euros", à l’occasion de la Fête du cinéma. Avec une place plein tarif en moyenne à 10 euros, ce tarif exceptionnel laisse rêveur. Entre 2001 et 2010, le prix d’une place, hors réductions et abonnement, a augmenté de près de 30%. Pourquoi une telle hausse, et pourquoi cela va-t-il continuer ?

La place à moins de 50 francs, une madeleine de Proust. Le temps semble loin où le billet de cinquante francs suffisait à entrer au cinéma. En 10 ans, le prix unitaire d’une place est passé de 7,50 euros en moyenne à 10 euros aujourd’hui. Pas facile donc pour un jeune homme d’inviter sa prétendante dans une salle obscure…

Les abonnements en question ? Depuis 2000, et la mise sur le marché de la carte "UGC illimité", première formule d’abonnement permettant de voir autant de films qu’on veut au cinéma, l’offre s’est beaucoup diversifiée. D’où une tendance à la compensation, via une hausse du tarif du ticket plein tarif.

Les cartes MK2/UGC d’un côté, et Gaumont/Pathé de l'autre, représentent aujourd’hui un peu plus de 10% des entrées, selon le Centre national de la cinématographie (CNC). Tarifs étudiants, offres groupées pour les entreprises, et billets gratuits offerts par des marques font aussi mécaniquement augmenter le prix de l’entrée unitaire au cinéma. Dans un rapport du Sénat datant de février 2008, il est ainsi constaté "une augmentation des tarifs visant le reste de la clientèle (…) parallèlement à la commercialisation de ces nouvelles formules, particulièrement incitatives pour les spectateurs assidus".

Reste que les offres d'abonnement voient elles aussi leur tarif augmenter : + 32% en sept ans pour la carte UGC illimité par exemple.

Des salles à numériser. Depuis les années 60, époque où le ticket de cinéma coûtait 1,90 francs (30 centimes d’euro), le cinéma a bien changé. Les frais d’entretien des salles, ainsi que leur modernisation, sont des coûts à prendre en compte. Le phénomène devrait aller de mal en pis, car les exploitants vont devoir passer au numérique. Le disque dur va remplacer la traditionnelle bobine, et l’investissement pour la profession est estimé à 450 millions d’euros.

La 3D, facteur aggravant. Le passage à la 3D a mécaniquement fait augmenter le prix de la place de cinéma. En moyenne, si on achète une place plein tarif, les exploitants demandent un surplus de 2 à 3 euros euros, ce qui peut engendrer un coût de 13 euros pour voir un film. Et cela ne devrait pas s’arranger, car le nombre de films en 3D ne cesse d’augmenter. Et le succès actuel de Pirates des Caraïbes 4, qui a rapporté 95 millions de dollars – 673 millions d’euros - de recettes dans le monde, devrait encore inciter les exploitants à s’équiper en technologie 3D…et donc à augmenter leurs tarifs.

Le nombre d’entrées en hausse. Après "l’âge d’or" dans les années 50, le cinéma français a connu des décennies de crise. En 1957, dernier record en date, 411,6 millions de places de cinéma avaient été vendues en France. Par comparaison, en 2010, 206,3 millions de billets ont été distribués dans les cinémas.

Si la baisse peut sembler énorme, et justifier une hausse des prix des places, un léger mieux a été constaté ces dernières années. Entre 2009 et 2010, les entrées en salles ont ainsi augmenté de 2,4%. Un véritable engouement pour le 7e Art, puisque ce record n’avait pas été atteint depuis 1967, où 211,4 millions de tickets avaient été écoulés. Difficile donc de comprendre que les tarifs continuent à augmenter.