Rien ne va plus...

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Rien ne va plus...
@ REUTERS
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Barack Obama ne dispose toujours pas de majorité pour sa réforme de l'assurance-santé.

A voir le spectacle qui se joue en ce moment dans les couloirs de la Chambre des Représentants, dans les coulisses de la Maison Blanche et jusque dans le bureau présidentiel d'Air Force One, on est bien obligé de constater que notre bonne vieille discipline de vote parlementaire en France a du bon. Pour faire passer la loi dans les deux hémicycles l'automne dernier, il avait fallu que Barack Obama en vienne à "acheter" certaines voix d'élus récalcitrants. Aujourd'hui, il lui faut emmener le très "libéral" Dennis Kucinich en avion pour lui faire changer d'avis et influencer ainsi le vote de l'aile gauche à la Chambre. Bien entendu les deux systèmes démocratiques sont très différents et la liberté de vote de chaque élu au Congrès est sacrée. Mais la puissance des lobbies et les pressions politiques souterraines sont énormes. Si bien qu'on en arrive à douter de la sincérité de chaque vote annoncé.

Quoi qu'on pense de la validité ou de la nécessité du Plan Obama pour la santé, il est regrettable que Nancy Pelosi, présidente de la Chambre, en vienne à recourir à l'artifice du "deem" vote qui pourrait permettre aux Représentants de voter la réforme sans s'être prononcé sur le texte du Sénat adopté à la veille de Noël. Déjà qu'il avait fallu en passer par la procédure dite de "réconciliation" (qui permet d'éviter un vote à la majorité des deux tiers), cette réforme, si elle est finalement adoptée, naitra dans la douleur et dans le doute sur une procédure aux limites de la légalité constitutionnelle.mais Obama l'a dit ce soir chez ses "amis" de Fox News : "peu importe la manière, ce qui compte c'est le résultat" !!

Le plus terrible, c'est ce décalage considérable entre le ressenti dans l'opinion et la réalité de la loi proposée. Regardez la photo et les slogans inscrits sur les panneaux de ces opposants à la réforme. On se croirait revenu à l'été dernier lorsque l'on se battait au coeur de l'Amérique profonde dans les "town hall meetings" à coup de désinformation et de provocations. C'est comme si le débat n'avait pas eu lieu. Comme si l'interminable sommet bipartisan à la Maison Blanche, où les vrais arguments techniques et financiers avaient été soupesés et discutés, n'avait jamais existé.

De gauche à droite, "l'Amérique a besoin d'emplois, pas d'une réforme de la santé" : depuis quand la Health Care Bill va-t-elle faire perdre des emplois ?

"Le peuple dit non" : pourtant le dernier sondage du Wall Street Journal indique au contraire une Amérique à 50/50 sur ce sujet qui déchire littéralement le pays en deux.

"Obama = immigré clandestin" : no comment !

"La réforme veut la mort des enfants à naitre" : le texte du Sénat avait précisément répondu à cette peur de voir l'avortement remboursé sur fonds fédéraux en le rendant impossible.

"La santé aux USA est la meilleure, ne laissez pas le Congrès la détruire" : mais si c'était le cas, comment expliquer que 48 millions d'américains en soient exclus de cette santé de qualité et qu'elle soit trop chère pour tous les autres puisque les cotisations ont plus que doublé en moins de dix ans ?

"Stoppez cette réforme, l'Amérique mérite mieux" : pourquoi pas, mais dans ce cas pourquoi les américains dans ce sondage du WSJ estiment à une majorité écrasante que les républicains sont responsables du manque de progrès en la matière ?

Je m'arrête là. Je partage l'avis de ceux qui pensent qu'Obama joue son mandat sur cet énorme pari. Est-ce de la folie ou au contraire un énorme courage politique ? A l'évidence, il aurait pu s'y prendre bien plus habilement et commettre bien moins d'erreurs entre l'été dernier et cet hiver. Mais si vous étiez à sa place ? Vous iriez jusqu'au bout ? C'est le message adressé aux élus de son propre camp : vous préférez perdre votre siège en novembre prochain avec cette réforme derrière vous ou sans ? Pas très encourageant comme argument à entendre lorsqu'on est un élu de la vague 2008 et qu'on vient à peine de déballer son cartable à Washington...Mais je crains que ce ne soit le plus sensé à cette heure.

Je devais partir pour l'Indonésie vivre ce "retour aux sources" pour Obama dans un pays clef où aucun président américain ne s'était rendu avant lui. Je reste à la cuisine surveiller les fourneaux de la grande et de la petite politique.

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